Comment les Coréens apprennent dès l’enfance à lire dans vos pensées


Connaissez-vous le nunchi ? En Corée, c’est le nom de cette mystérieuse capacité qui permet de comprendre instantanément ce que les gens pensent et ressentent.


Avez-vous jamais rêvé de pouvoir lire dans les pensées des gens ?
Ou de posséder cet indicible petit quelque chose en plus dont semblent dotées ces personnes qui focalisent naturellement l’attention de tous en soirée et qui sont heureuses en amour comme au travail ?

Il est peut-être temps de rafraîchir votre nunchi, un concept traditionnel coréen dont la journaliste américano-coréenne Euny Hong a fait le sujet de son dernier livre, The Power of Nunchi : The Korean Secret to Happiness and Success
[“Le pouvoir du nunchi. Le secret coréen du bonheur et du succès”, Penguin Books, 2019, non traduit en français].


D’après Euny Hong, le nunchi est “l’art de comprendre ce que les gens pensent et ressentent”,
une qualité typique des personnes sensibles aux dynamiques de groupe.
Un réflexe acquis dès l’enfance

En Corée, le nunchi s’apprend dès le plus jeune âge :

Les enfants de 3 ans connaissent déjà le concept. C’est quelque chose qui s’apprend souvent par la négative. Par exemple, si tout le monde se tient sur la droite d’un escalator et qu’un enfant se met à gauche, son parent va lui dire : ‘Est-ce que tu n’as pas de ‘nunchi’ ?’ Il s’agit de ne pas être impoli mais aussi d’être connecté à son environnement.”

Nunchi signifie littéralement “mesurer avec le regard”, cela consiste à prendre non seulement la mesure des individus mais aussi la température d’une situation. Et c’est un talent applicable à toutes les situations de la vie, qu’il s’agisse d’un mariage ou d’un entretien d’embauche.

Concrètement, le nunchi consiste à observer qui, dans un contexte donné, prend la parole, qui écoute, qui interrompt, qui s’excuse et qui lève les yeux au ciel. À partir de ces indications, il est possible de bâtir d’utiles conjonctures sur la nature des relations et des hiérarchies au sein d’un groupe, de l’atmosphère générale et sur la façon de se comporter.

Un bon nunchi est un nunchi “vif”

Un maître du nunchi capte ces signaux intuitivement et en continu. Aussi ne dit-on pas de quelqu’un qu’il a un bon nunchi, mais un nunchi “vif”, c’est-à-dire qu’il absorbe rapidement des informations sociales changeantes. Les gens dotés d’un nunchi vif veillent à prendre la température d’une situation, ce qui augmente leurs chances de succès dans n’importe quel environnement social. Ils savent mieux comment s’adapter à une situation, créer des liens, et sont moins enclins à paraître idiots, incompétents, ou à commettre des faux pas.

De manière générale, les gens apprécieront votre compagnie si vous avez un ‘nunchi’ rapide et, d’un point de vue plus machiavélique, cela peut vous aider à mieux négocier.”

Une qualité utile au groupe

Le nunchi étant une qualité fondée sur la discrétion, Euny Hong souligne qu’il peut se révéler un superpouvoir pour les introvertis. Le fait d’appréhender des situations sociales par le prisme du nunchi l’a même aidée à surmonter sa phobie sociale et à rester sereine dans des circonstances stressantes. Dans son livre, elle estime que le nunchi non seulement aide les individus, mais qu’il a aussi contribué à la fulgurante ascension de la Corée, un des pays les plus pauvres de la planète devenu en quelques générations une grande puissance économique et culturelle mondiale. Si tel est le cas, ce n’est pas rien.

Mais alors, si le nunchi est si précieux, pourquoi a-t-on l’impression que les dirigeants mondiaux et les chefs de grandes entreprises comptent plus de forts en gueule vociférants que d’individus calmes et sensibles dans leurs rangs ? Le livre de Euny Hong sur cette question explique pourquoi le concept de nunchi – fondé sur le lien, l’unité et l’harmonie collective – peut être particulièrement bienvenu en ces temps marqués par les divisions politiques et culturelles. Il s’agit après tout de notre capacité à comprendre les autres

En Occident, on met l’accent sur l’autonomie et l’individualisme, alors que le ‘nunchi’ semble promouvoir l’inverse. Sauf que développer votre ‘nunchi’ ne fait pas de vous un mouton, c’est juste un moyen d’utiliser des informations à votre avantage et pour le bien de tout le monde.”

Adrienne Matei, The Guardian pour Courrier International

Nobuyoshi Araki Kinbaku Bondage

- Mais comment pouvez vous savoir ce que je pense
alors que moi-même je ne le sais même pas ?

- C'est bien pour ça !

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