Hier il a plu lourdement et maintenant les cieux commencent à s'éclaircir :
nous voici au seuil d'une journée toute neuve.
Abordons-la comme si elle était la seule journée.
Mettons-nous en route tous ensemble en laissant derrière nous les souvenirs des jours passés
et commençons à nous comprendre, pour la première fois.

Jiddu Krishnamurti, Se libérer du connu

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Un seuil est inquiétant.
Il matérialise une frontière, marque la séparation avec un ailleurs, lieu encore non pénétré, inconnu, menaçant ...
mais si attrayant ! La femme de Barbe-Bleue est prête à tout pour le franchir, consciente cependant du danger qui la guette.
Un seuil est une limite imperceptible : un pas, et l'on est déjà de l'autre côté. Être au seuil de la vieillesse, c'est flirter avec elle tout en espérant toujours rester du bon côté. Il y a des seuils qu'on voudrait des murailles...
Certains seuils pourtant sont franchis sans qu'on s'en aperçoive, tellement ils savent se faire discrets.
Mais ceux-ci ont presque disparu : le seuil survit-il à son franchissement ?
Zone de rencontre, le seuil est aussi ouverture : menant parfois vers l'inconnu, il permet le contact, rend proche ce qui semble ne pouvoir se toucher. Un seuil est un frôlement : d'ailleurs, comment définir ce qui appartient encore à la vie et ce qui est déjà la mort ?
Du seuil, un souffle nous parvient, on respire l'air d'ailleurs.
La vie nous fait franchir des seuils, ou tout juste empiéter sur eux. Ils nous repoussent ou nous fascinent.
Les seuils organisent nos déplacement, nous attirent d'un monde à l'autre, séparations fictives ou dérisoires :
on croyait être ici, on est au-delà.

Georges Perec, Espèces d’espaces

beyond_dreams_and_memories__by_josefinejonsonn

L'un seuil
L'autre seul

Well, Écueils et Linceul   ©