lundi 14 mai 2007
Dialogue
"- Sinon toi ça va ?
- Je sors bientôt de réa !
- Ah ! ...Tant mieux alors"
Well, Haïkus and co
"Le dialogue - chose écrite et parlée - n'appartient pas
spécialement à la scène, il appartient au livre ; et la preuve, c'est que l'on réserve dans les manuels d'histoire littéraire une place au théâtre considéré comme une branche accessoire du langage articulé" A. Artaud, Le théâtre et son double
"Je puis en tout cas assurer l'amateur éclairé qui hésite encore
à acquérir un python que je n'ai aucun drame d'"incommunabilité" avec Gros-Câlin. Lorsqu'on est bien ensemble, on n'a aucun besoin de se mentir, de se rassurer. Je dirais même que l'on reconnaît le bonheur au silence. Lorsque la communion est vraie et entière, sans frimes, seul le silence peut l'exprimer. Mais aux personnes qui ne sont pas exigeantes et qui attendent une réponse de
l'extérieur, avec dialogue par voie vocale, je peux recommander M. Parisi, 20 bis rue des Enfants-Trouvés, au troisème gauche.
J'avais fait appel à son art il y a quatre ans, alors que je n'avais pas encore fait ma prise de conscience que Gros-Câlin n'était donc pas encore entré dans ma vie. J'étais installé dans mon deux-pièces, avec mes meubles, des objets divers, des présences familières. Le fauteuil, surtout, m'est sympathique, avec son air décontracté, qui fume la pipe, en tweed anglais ; il semblait toujours se reposer après de longs voyages et on sentait qu'il avait beaucoup de choses à raconter. Moi j'ai
toujours choisi mes fauteuils parmi les Anglais. Ce sont de grands globbe-trotters. Je m'asseyais sur le lit en face de lui, je prenais une tasse de thé et j'aimais cette présence tranquille, confortable, qui deteste l'agitation. Le lit aussi est bien, il y a de la place pour deux, en serrant un peu.
Les lits m'ont toujours posé des problèmes. S'ils sont étroits, pour une seulle personne, ils vous foutent dehors, en quelque sorte, ils vous coupent vos efforts d'imagination. ça fait I, sans
ambages, sans ménagement. "T'es seul, mon vieux, et tu sais bien que tu le resteras." Je préfère donc les lits à deux places, qui s'ouvrent sur l'avenir, mais c'est là que se présente l'autre côté du dilemme. Les dilemmes sont tous des peaux de cochon, soit dit en passant, j'en ai pas connu d'aimables. Car avec un lit pour deux chaque soir, et toute la journée samedi et dimanche, on se sent
encore plus seul que dans un lit pour un, qui vous donne au moins une excuse d'être seul. La solitude du python à Paris vous apparaît alors dans toute sa mesure et se met à grandir et à grandir. Seul dans un lit pour deux, même avec un python enroulé autour de vous, c'est l'angoisse, malgré toutes les sirènes d'alarme, les police-secours, les voitures des
pompiers, ambulances et états d'urgence, dehors, qui vous font croire que quelqu'un s'occupe de quelqu'un. Une personne livrée à elle-même sous les toits de Paris, c'est ce qu'on appelle les sévices sociaux. Lorsque cela m'arrivait, je m'habillais, je mettais mon manteau, qui a une présence chaleureuse avec manches, et j'allais me promener dans les rues en cherchant des amoureux dans les portes cochères. C'était avant la Tour Montparnasse.
J'ai fini quand même par acheter un lit à deux places, à cause
de Mlle Dreyfus.
Je n'ai pas eu cette idée tout seul, c'était le gouvernement de la France qui m'a encouragé, en parlant d'animation culturelle. C'était alors le grand mot, ça faisait des centres. Ce sont ces mots "animation culturelle" qui m'ont donné l'idée de faire parler les meubles, les objets et Gros-Câlin lui-même d'une voix humaine.
Bien sûr, il m'arrivait parfois, en rentrant à la maison de m'adreser à haute voix au fauteil, à la cafetière, à ma pipe, c'est un truc innocent que beaucoup de gens pratiquent, par hygiène mentale. C'est l'interpellation, l'interrogation que l'on
lance à l'océan, à l'univers, ou à une paire de pantoufles, selon les goûts et la nature de chacun, mais ce n'est pas le dialogue. ça répond pas, ça fait le flasque, sans écho, rien. Il n'y a pas de réponse." Romain Gary (Emile Ajar), Gros-Câlin
Rappelle-toi : On reconnaît le bonheur au silence.
Sinon toi ça va ? Allez, dis-moi ;-)
Commentaires
Beaucoup d'humour dans ton post et ton Haiku, moi je ne parle pas encore à mes pantoufles mais demain qui sait ;-) au fait à qui je parle sinon à moi ...
Amitiés Well
A ses pantoufles ...
... on dit parfois des choses terribles, des choses très belles aussi ...
heuh, moi ça va merci! comment ça c'était pas moi? bises Well.
Ouh la la... je parle à mes chaussettes (ben oui, je n'ai pas de pantoufles), à mon PC, mon frigo, mes bouquins... et j'ai un lit à 2 places pour moi toute seule... y a-t-il encore un peu d'espoir ??? ;-)
PS : excellent ton Haïku !
A bientôt Well !
Parle avec Hell
Bruno : Je suis sûr que tu parles à ton appareil photo ou alors à ton stylo. ça se voit, ils t'écoutent ;-) Amitiés
Gwenn : On a aussi besoin de raisonner et faire résonner sa voix intérieure
Mélo : Juste l'autre Mélo
Bridget : On parle tous à notre ordi, et même un peu plus fort quand il commence à lâcher prise. Surtout pendant la rédaction d'un billet :) Bien sûr qu'il y a encore un espoir. Même double. Dans un grand lit. A bientôt
Bientôt la récré. Patience...
Tient c'est une idée parler à mon appareil photo mais je peste souvent sur mon ordi quand il ne veut pas fonctionné là je crie ;-)))
Amitié Well
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