vendredi 28 novembre 2008
Crépuscule
"Le jour décline de plus en plus dans le petit appartement garni de meubles lourds incompréhensibles. Mais pour le crépuscule tout a un sens. Chaises, armoires, tableaux, il le sait, enferment le passé. Et pourtant, les pièces étroites du troisième étage sont étrangères à ce passé, de même que certains hommes expriment, par les traits de leur visage hérités de quelque ancêtre, un sentiment trop puissant pour leurs cœurs affaiblis.
Par les deux fenêtres s'insinue la pourpre du soir ; elle descend sur les toits et se glisse doucement vers les choses qui l'accueillent dans une silencieuse attente. La commode ornée de colonnes, tel un petit autel, ne se tient pas de joie : de toute son argenterie, de toute sa verrerie, elle sourit à la splendeur du couchant." Rainer Maria Rilke, Les derniers
"Vesses, pets, râles"
Well, Qu'raies puent secoue l'air
mardi 25 novembre 2008
Berceau
"Le plus lointain souvenir de Lucie L. est un
visage penché sur son berceau, un visage étendu d'un bout à
l'autre du
champ de vision, et dans ce visage, la bouche rouge vif, qui se lie aux
syllabes de son prénom : les lèvres se rapprochent comme pour souffler
une bulle, puis s'étirent sur l'opale des dents, Lu-cie.
Lucie L.
ne peut pas décrire ce visage, l'image est si floue. Il suffit d'une
odeur de talc, d'un mur vert pâle comme celui de son ancienne chambre
d'enfant pour faire surgir le visage et la bouche arrondie. Ils se
dérobent aussitôt, mouvants comme des résidus de rêves. Reste le son,
très net, qui d'une syllabe à l'autre impose la forme du sourire aux
lèvres maternelles : Lu-cie, Lu-cie, par mimétisme l'enfant dans le
berceau sourit à ce visage, ils restent ainsi prisonniers l'un de
l'autre, longtemps. Parfois, une autre voix de femme, peut-être celle
d'une tante, d'une grand-mère de passage articule en écho les syllabes
du prénom maternel : Lu-cile. Alors les sons se mêlent au-dessus du berceau,
le ciel est plein de bruits ravissants qui multiplient les sourires
jaune d'or de la mère, lu-cil-lu-cie-lu-cil-lu-cie-lu-cile,
et, l'enfant ne l'apprendra que plus tard, de sa mère ou d'un manuel de
latin, elle sait déjà, par intuition, que Lucie, lux, est le
nom de la lumière. Chaque matin de l'enfance conforte cette évidence :
c'est au moment exact où la lumière pénètre dans la chambre, une fois
les rideaux écartés, que rete
ntissent les deux syllabes du réveil,
Lu-cie!, qui font se lever le soleil." Valentine Goby, Qui touche à mon corps je le tue
"Dors l'enfant d'Ô
Dors indolent dans
Ce monde tout chant
Qui tant te berce haut !"
Well, Danse en lent do
samedi 22 novembre 2008
Plaie
"Pourquoi faut-il toujours que j'aille trop loin. J'avais envie d'un bon tringlage et je l'ai eu. Pourquoi ne pas m'en être tenue là. Il y a ce type entre deux âges, qui m'a draguée, le gars bien, le genre à avoir une femme bien et elle est partie deux trois jours quelque part, alors il se balade à l'affût d'une occase. Parfait. Parce que moi aussi. Une chaude nuit de baise, sans engagement de part ou d'autre, et au petit matin adieu l'oiseau.
Ouais. Mûre pour une bonne vieille séance de carambolage et de radada tsoin-tsoin. Archimûre. Depuis le temps. Ça faisait des mois que je n'avais pas ouvert la bouche, sans parler de frotti-frotta contre un beau mâle. Encore à vif. Encore trop dans ma tête comme un monstre. La trouille que tout de suite on voie sur ma gueule toutes ces horreurs qui étaient arrivées, qu'on voie quelle mauvaise mère j'avais été à perdre ainsi mes fils. Aujourd'hui mes enfants ne sont plus, alors je ne suis plus du tout mère. Ni mariée. Veuve. Le malheureux que j'avais épousé n'avait pas le sida avant d'être en taule mais quand même j'ai fait le test et je sais que je ne suis pas malade, malade je me sentais malgré tout, j'avais l'impression d'avoir la figure couverte de plaies purulentes qui disaient aux gens: Attention, on recule, on s'écarte." John Edgar Wideman, Deux villes
"Ce qui me plaie est un des sangs..."
Well, Car ce qui te plait n'a pas de mobile
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jeudi 20 novembre 2008
Piège
"C'était un des derniers jours du siècle.
La fille au grand sourire
fut réveillée par la pluie, le bruit des gouttes s'écrasant avec
douceur sur la toile de la tente. Tant qu'elle gardait les yeux fermés,
elle pouvait s'imaginer chez elle, au village, au bord du fleuve qui
charriait l'eau claire et froide des montagnes. Mais dès qu'elle les
ouvrait, elle avait la sensation de basculer dans une réalité vide,
impossible à comprendre. Son passé se réduisait alors à un carrousel
d'images hachées,
saccadées, tirées de sa longue fuite. Immobile, elle
faisait l'effort d'ouvrir les yeux lentement, de ne pas laisser filer
les rêves tant qu'elle n'était pas prête à affronter le réveil. Ces
premières difficiles minutes décidaient de la suite de la journée. Là,
en cet instant, elle était entourée de pièges." Henning Mankell, Tea-bag
"Main au collet, Pied jaloux"
Well, Filets de rets
mardi 18 novembre 2008
Passage
"Un aéroport n'existe pas en soi. Ce n'est qu'un lieu de passage,
un sas, une fragile façade au milieu d'une plaine, un belvédère ceint
de pistes où bondissent des lapins à l'haleine chargée de kérosène, une
plaque tournante infestée de courants d'air qui charrient une grande
variété de corpuscules aux innombrables origines - grains de sable de
tous les déserts, paillettes d'or et de mica de tous les fleuves,
poussières volcaniques ou radioactives, pollens et virus, cendre de
cigare et poudre de riz." Jean Echenoz, Je m'en vais
"Parfois une avenue n'est que ruelle,
à peine passage,
où
Par foi une Eve nue, née cruelle,
happe haines et pas sages..."
Well, Passages peu sages
samedi 15 novembre 2008
Tags
"L'amour secret
sur les murs se crie"
Well, Du tag au tact
A Word A DAY
c'est déjà 250 billets
Des mots plein l'esthète,
Délires et des ratures.
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(Liens ci-dessous et dans la colonne de droite)
jeudi 13 novembre 2008
Portée
"La création du champ imaginaire où le jugement moral est suspendu fut un exploit d'une immense portée : là
seulement peuvent s'épanouir des personnages romanesques, à savoir des individus conçus non pas en fonction d'une vérité préexistante, en tant qu'exemples du bien ou du mal, ou en tant que représentations des lois objectives qui s'affrontent, mais en tant qu'êtres autonomes fondés sur leur propre morale, sur leurs propres lois." Milan Kundera, Les testaments trahis
"La clé est temps de se sentir porter"
Well,Clepsydre
Index
mardi 11 novembre 2008
Victoire
"Une victoire n'est parfaite que si elle transforme le vaincu en allié"
Gustave Thibon, Vous serez comme des dieux
"Haine hyène
ennemie
n'est ni mienne
nenni vie"
Well, Des victoires et des fêtes
mercredi 5 novembre 2008
Analyse
"Et pendant quatre ans, peut-être plus, ils explorèrent, interviewèrent,
analysèrent. Pourquoi les aspirateurs-traîneaux se vendent-ils si mal?
Que pense-t-on, dans les milieux de modeste extraction, de la chicorée?
Aime-t-on la purée toute faite, et pourquoi? Parce qu'elle est légère?
Parce qu'elle est onctueuse? Parce qu'elle est si facile à faire: un
geste et hop? Trouve-t-on vraiment que les voitures d'enfant sont
chères? N'est-on pas toujours prêt à faire un sacrifice pour le confort
des petits? Comment votera la Française? Aime-t-on le fromage en tube?
Est-on pour ou contre les transports en commun? A quoi fait-on d'abord
attention en mangeant un yaourt: à la couleur? à la consistance? au
goût? au parfum naturel? Lisez-vous beaucoup, un peu, pas du tout?
Allez-vous au restaurant? Aimeriez-vous, madame, donner en location
votre chambre à un Noir? Que pense-t-on, franchement, de la retraite
des vieux? Que pense la jeunesse? Que pensent les cadres? Que pense la
femme de trente ans? Que pensez-vous des vacances? Où passez-vous
vos
vacances? Aimez-vous les plats surgelés? Combien pensez-vous que ça
coûte, un briquet comme ça? Quelles qualités demandez-vous à votre
matelas? Pouvez-vous me décrire un homme qui aime les pâtes? Que
pensez-vous de votre machine à laver? Est-ce que vous en êtes
satisfaite? Est-ce qu'elle ne mousse pas trop? Est-ce qu'elle lave
bien? Est-ce qu'elle déchire le linge? Est-ce qu'elle sèche le linge?
Est-ce que vous préféreriez une machine à laver qui sécherait votre
linge aussi? Et la sécurité à la mine, est-elle bien faite, ou pas
assez selon vous? (Faire parler le sujet: demandez-lui de raconter des
exemples personnels; des choses qu'il a vues; est-ce qu'il a déjà été
blessé lui-même? comment ça s'est passé? Et son fils, est-ce qu'il sera
mineur comme son père, ou bien quoi?)" Georges Perec, Les choses
"- T'es un vrai myso toi, tu le sais ?
- Bien sûr que je le sexe, je suis en nana-lyse !"
Well : Devins, divans, du vin et du vent
Singulier
"Cette nourriture nouvelle rendit vie et forme à leur amitié, elle
devint autre, et le Jeu auquel ils travaillaient subit également, sous
les mains originales et dans l'imagination inventive de cet être
singulier, toute sortes de transformations et d'enrichissements. Fritz
était de ces hommes jamais satisfaits et cependant sans exigences qui,
de
vant un bouquet de roses qu'on a cueillies, devant une table mise,
qui pour tout autre seraient prêts et parfaits, trouvent encore moyen
de s'affairer pendant des heures dans une voluptueuse agitation,
remaniant tout sans trêve avec amour, et qui savent faire du plus petit
travail l'œuvre d'une journée accomplie avec diligence et dans la foi."
Hermann Hesse, Le jeu des perles de verre
"Un cheval d'écheveau
filait sa balle des sabots..."
Well, Des pluriels bien singuliers
