Les scientifiques français ignorent le plus souvent les Miss et autres ambassadrices de charme. Pourtant Jackie Assayag [1999] insiste sur le fait que sous l’apparente légèreté du sujet se cachent des interrogations pertinentes sur les conditions de la femme, bien loin d’être futiles. En 2001, à Salsomaggiore (Italie), nous avons observé les élections de Miss Italia, exemplaires pour comprendre comment se mettent en place les mécanismes de la sélection et de l’évaluation de la beauté [Monjaret, Tamarozzi].

Ces concours se présentent comme de véritables fabriques : le corps des jeunes femmes est façonné par de nombreuses épreuves combinant des exercices de modelage et d’expression corporelle à des séances d’évaluation. L’appréciation de la beauté semble s’effectuer dans le double mouvement du corps regardé et du corps exposé, qui aboutit au classement des postulantes. Les progressives éliminations des candidates (dans les étapes régionales et nationales des compétitions) conduisent à la consécration de la lauréate qui a réussi à incarner l’idéal esthétique de la parfaite féminité.

Il nous semble que le choix du beau ne relève entièrement ni du domaine subjectif, ni du domaine objectif : nous nous proposons, ici, de cerner le processus d’expertise et les outils de sa mise en œuvre, car nous nous demandons si cette opération lente et délicate n’est pas un mélange savant de critères, allant du mesurable au non-mesurable.

Mesurer le corps

La poursuite du rêve de la parfaite « gynométrie »  Nous entendons par « gynométrie » l’étude des proportions... semble traverser les siècles et les continents. Ainsi, dans l’Inde traditionnelle, la danseuse doit exhiber autour de sa taille trois plis arrondis et gracieux. En France, les seins de Joséphine Bonaparte auraient donné la forme de la coupe à champagne. Si le corps sert de modèle, il est aussi mesuré : par exemple, les « bonnes » proportions des beautés nordiques, et en particulier de leurs jambes et de leur buste (2/3 et 1/3 de la hauteur totale de la femme), font fantasmer les hommes méditerranéens. De façon plus extrême, il peut être modelé pour approcher un idéal culturel et historique de vénusté. Jacques Gélis [1984] et France Borel [1992] rappellent les différentes formes de manipulations possibles et les objets utilisés (habits, postiches, chaussures, bandages, bistouris…), en conséquence, pour le transformer. Leur liste variée et complexe semble négliger les outils de mesure et de calibrage, indispensables à l’estimation des interventions esthétiques souhaitées. Le corps de la Miss est, a fortiori, soumis à la mesure, le rôle des jurys est essentiel dans cette opération, souvent préliminaire, de contrôle.

Anne Monjaret, Pas de demi-mesure pour les Miss : la beauté en ses critères

 

Vous savez que le mot miss en Angleterre veut dire mademoiselle.
Mais vous savez qu'il veut dire aussi ratage.

Hervé Lauwick, Les femmes vues de près

Miss Nude Australia1

Comme l'argumente si bien la très féminine
"Jeune-vieille de Fente niaise" :
l'Amour est une invention,
car depuis toujours
"Le con court les pines".

Well, Miss you   ©