samedi 23 février 2008
Travail
Le travail c'est du temps transmué en argent,
l'écriture c'est le même temps changé en or.
Christian
Bobin, L'épuisement
"Aujourd'hui, j'ai dit au peintre que moi
aussi je me sentais toujours attiré par les gens simples. Là, où l'on
voit sans cesse la pioche aller et venir au-dessus d'une tranchée, où
se tient un homme. Où l'on ne voit que des pelletées de terre,
projetées en l'air. Par qui ? Oui, c'est ça qu'on ignore. En bas, sur
le chantier de l'usine électrique, vers neuf heures, ils font cercle,
et ils allument des cigarettes, ils vident une bouteille de bière et
comptent sur le bout des doigts les jours qui restent jusqu'à leur
congé. Mais quoi en faire ? Partir ? On a bien l'argent nécessaire pour
partir ! Mais où ? Et ça leur pose trop de problèmes...
Finalement, ils
restent là et le soir jouent aux cartes, un peu plus tard, parce qu'ils
ne doivent pas se lever le lendemain, ils vont au cinéma et écrivent
une lettre qu'ils auraient dû envoyer depuis longtemps, à un frère, une
sœur, à leur mère. Ils se balancent au-dessus du torrent déchaîné, et
ce sont des tours de force qu'ils exécutent, des acrobaties mortelles
quand ils doivent poser un élément métallique du pont. De six heures et
demie du matin à quatre heures et demie du soir. Neuf heures de
travail, parce qu'ils ont une heure pour manger et s'allonger. Parfois,
d'une rive à l'autre, ils s'interpellent bruyamment, comme s'il
s'agissait d'une affaire d'une importance capitale et pas seulement
d'une corde qui demande à être tendue. Mais leurs voix sont usées. La
grue évolue tantôt d'un côté,tantôt de l'autre, et la gueule accrochée
à ses câbles métalliques mord le sol profondément.
Puis elle
recrache les gros blocs au milieu des hommes. Vingt ans plus
tôt, la
foreuse à air comprimé les aurait sans doute rendus fous, au moins l'un
ou l'autre, maintenant elle ne rend fou personne." Thomas Bernhard, Gel
"Le travail peut être une forme de liberté ;
certes,
ferme
fourbe
folle.
Quant à la Liberté,
Hell, elle se travaille..."
Well, Entraves : Aïe !
mercredi 20 février 2008
Intuition
"Préfère ce que te souffle l'intuition
à ce que tu as fait et refait dix fois dans ta tête".
Robert Fresson, Notes sur le cinématographe
"Et s'il est plus naturel qu'une tête pleine ait plus d'habileté et d'expérience à se mouvoir ainsi qu'une tête vide, le glissement au-travers de la porte ne lui en paraît pas moins surprenant ; on y est tout d'un coup, et l'on peut percevoir très distinctement en soi une légère stupeur en constatant que les pensées, loin d'attendre leur auteur, se sont bel et bien faites toutes seules. Ce sentiment de stupeur légère, beaucoup de ge
ns, de nos jours, l'ont baptisé "intuition", après l'avoir appelé "inspiration" et croient y voir quelque chose de supra-personnel, alors que c'est simplement quelque chose d'impersonnel, à savoir l'affinité et l'homogénéité des choses mêmes qui se rencontrent dans un cerveau". Robert Musil, L'homme sans qualités
"Bientôt les bourgeons,
la douceur revenue,
et les jours bons ;
douces heures de rêve nu..."
Well, Intuition (Maggiolina)
dimanche 17 février 2008
Unique
"
La volupté unique et suprême de l'amour gît dans la certitude de faire le mal. Et l'homme et la femme savent de naissance que dans le mal se trouve toute volupté". Charles Baudelaire
"-N'existe-t-il donc pas de vérité? N'y a-t-il donc pas une doctrine qui soit authentique et valable?
-La vérité existe, mon cher, mais la 'doctrine' que tu réclames, l'enseignement absolu qui confère la sagesse parfaite et unique, cela n'existe pas. Il ne faut pas non plus avoir le moins du monde la nostalgie d'un enseignement parfait, mon ami; c'est à te parfaire toi-même que tu dois tendre. La divinité est en toi, elle n'est pas dans les idées ni dans les livres. La vérité se vit, elle ne s'enseigne pas ex cathedra".
Hermann Hesse, Le jeu des perles de verre
"De cours cyniques
en amours caduques
Je préférerais une fille unique
à deux fils eunuques.
L'immonde est inique
mais ce monde est unique".
Well, L'unique mais pas l'autre
jeudi 14 février 2008
Désir
"Il est fou de désir et c'est un désir étrange qui ne se manifeste pas sensuellement, mais qui rempli sa tête et seulement sa tête, le désir en tant que fascination cérébrale, idée fixe, folie mystique, la certitude que ce corps-ci, et aucun autre, est destiné à combler sa vie, toute sa vie". Milan Kundera, La lenteur
"Au moment de faire le pas, le désir nous jette hors de nous, nous n'en pouvons plus, le mouvement qui nous porte exigerait que nous nous brisions. Mais l'objet du désir excédant, devant nous, nous rattache à la vie qu'excède le désir. Qu'il est doux de
rester dans le désir d'excéder, sans aller jusqu'au bout, sans faire le pas. Qu'il est doux de rester longuement devant l'objet de ce désir, de nous maintenir en vie dans le désir, au lieu de mourir en allant jusqu'au bout, en cédant à l'excès de violence du désir". Georges Bataille, L'érotisme
"Oui, parfois la pensée la plus folle, la plus impossible en apparence,
s'implante si
fortement dans votre esprit qu'on finit par la croire
réalisable... Bien plus : si cette idée est liée à un désir violent, passionné, on l'accueille finalement comme
quelque chose de fatal, de nécessaire, de prédestiné, comme quelque chose qui ne
peut pas ne pas arriver !". Fiodor M. Dostoïevsky, Le Joueur
"Il est cependant un domaine où le plaisir et la joie se confondent
indissolublement, c'est la sexualité, et c'est ce qui la rend incomparable. Car
le désir sexuel est une faim de l'autre, et ressemble par bien des côtés à une
pulsion cannibalesque. Le goût viol
ent de la chair d'autrui, de son odeur, des
humeurs qu'elle sécrète a un aspect évidemment anthropophage. Et quand le sexe en reste à ce niveau, il n'est pas loin de basculer
dans le sadisme. Mais cet élan destructeur est en même temps un acte créateur,
et le plaisir sexuel s'épanouit dans la construction d'une vie à deux. Car la
rencontre de deux personnes qui s'aiment inaugure une vie nouvelle, imprévue,
incomparablement plus riche que la simple addition de leurs qualités
respectives".
Michel Tournier, Le miroir des idées
"Quand nous allions nous promener. Le soir, le long du fleuve, elle portait le même parfum. Elle était très sage, très intelligente, ma femme. Je ne sais qu'une chose, me disait-elle : un homme peut remarquer cent femmes, en désirer mille autres, mais c'est une odeur qui lui ouvrira les yeux et le cœur".
Charles Scott Richardson, La fin de l'alphabet
"Lui murmurer
suaveme
nt
à l'oreille
"avec toi
ce nest jamais
vraiment pareil"
Puis lui susurrer
fixement
bien au fond des yeux
"avec toi
c'est toujours
tellement mieux"
Puis lui dire
enfin
sans frémir
sans frein
"oui c'est toi
que
oui c'est bien toi
que je veux".
Well, Désir
Heureuses Valentinades à toutes et à touche
et n'oubliez pas :
L'Amour c'est mieux copieux...
mardi 12 février 2008
Impression
"Ma première impression à son sujet, à son aspect, ne fut ni la surprise, ni l'étonnement, ni la tristesse, ni l'intérêt, ni la pitié, mais une curiosité qui tenait de tous ces sentiments".
Balzac, Z. Marcas
"Nashe ne savait plus que penser. Il avait d'abord pris Flower et Stone pour d'aimables excentriques - peut-être pas très malins, mais dans l'ensemble inoffensifs - et plus il les voyait, plus il écoutait parler, plus incertains devenaient ses sentiments. Le gentil petit Stone, par exemple, dont les manières semblaient si humbles et si douces, passait en fait ses journée à construire la maquette d'un univers bizarre et totalitaire. Bien sûr c'était charmant,
bien sûr c'était habile et brillant et admirable, mais on y sentait comme une logique perverse, une espèce de sorcellerie, l'impression de deviner, sous tant de délicatesses et de complexité, une touche de violence, une atmosphère de cruauté et de vengeance. Avec Flower aussi, tout était ambigu, mal définissable. D'un instant à l'autre, il paraissait parfaitement raisonnable, puis se mettait à tenir des propos insensés et à bavarder comme un fou. Il se montrait aimable, indiscutablement, et pourtant même sa jovialité paraissait forcée et suggérait l'idée que s'il ne les avait pas bombardés de tous ces discours pédants et excessifs, ce masque amical aurait risqué de lui glisser du visage. Pour révéler quoi ?" Paul Auster, La musique du hasard
"Elle avait un air pécheresse en fête.
Elle avait un herpès rêche, en fait..."
Well, Impressions
samedi 9 février 2008
Snob
"Le snobisme est à la mode ce que les condiments sont à
la cuisine. Ils l'épicent, ils la relèvent, ils lui donnent je
ne sais quoi
d'excitant, qui irrite ou ravit, mais jamais ne laisse indifférent.
Les snobs sont les francs-tireurs et les avant-gardes de la
mode. On se moque d'abord d'eux, mais c'est toujours eux, enfin, qui ont raison.
Ils se savent ridicules, mais ils sont si contents de l'être !"
Francis de
Miomandre, La Mode
" L'ancien comte Karubagi remarqua Shunsuké et lui tendit la main. Il tripotait de sa main pâle de crapule un bouton de sa veste et eut un sourire radieux [...]
- Quel bon vent vous amène ? demanda-t-il.
La classe moyenne mettait un point d'honneur à éviter cette expression dont les snobs avaient abusé depuis le déclassement de l'ancienne noblesse. Or, Kaburagi parvenait à faire passer sa crapulerie pour l'audace propre à la noblesse ; en l'entendant prononcer cette formule, on avait l'impression de quelque chose de tout à fait naturel. Bref, les snobs étaient tant bien que mal devenus inhumains grâce à la charité et les nobles étaient tant bien que m
al devenus humains grâce à la crapulerie". Yukio Mishima, les amours interdites
- Tu sais what ? pour mon anniversaire, Nicky va m'offrir deux RER !
- Mais c'est terriblement peuple, honey !
- Oh, tu n'y es pas du tout Carlita ! Pas ces horribles wagons où ils passent un temps fou à s'entasser. Réfléchis chérie, juste deux Rolls Et Royce, voyons !
- Ahhh ! je re-respire ! Je n'aurais rien eu à me mettre sinon..."
Well, Snobs
mercredi 6 février 2008
Sève
"Être artiste, c'est ne pas compter, c'est croître comme l'arbre qui ne presse
pas sa sève, qui résiste,
confiant, aux grands vents
du printemps, sans craindre que l'été puisse ne pas venir. L'été vient. Mais il
ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que
s'ils avaient l'éternité devant eux.
Rainer Maria Rilke, Lettres à un
jeune poète
"Certains s'imaginent, je pense, qu'un homme libéré de vingt-cinq ans de célibat obligatoire doit être atteint de priapisme aigu et être impatient de s'accoupler avec la première femelle consentante qu'il trouve sur son chemin. Il n'en est rien. Il y avait eu une époque, quand j'étais étudiant, où, comme tout jeune homme normalement constitué, j'étais pris d'une fièvre lubrique presque intolérable si par hasard mon regard accrochait une image lascive dans une
revue ou, dans un wagon de métro bondé, mes yeux plongeaient dans l'encolure béante d'une jolie fille assise près de moi tandis que, debout, je me tenais à une poignée. Pendant plus longtemps que la plupart des jeunes gens (j'imagine) j'ai été dérangé par des pollutions nocturnes ; le liquide séminal, s'accumulant et ne trouvant pas à se libérer de façon normale, s'épanchait dans mon sommeil et dans mes rêves. (C'était un problème très commun : un jour j'ai surpris les deux femmes qui lavaient le linge à Ethel en train de plaisanter grossièrement sur les "cartes d'Irlande sur les draps", et elles ont ajouté : "pas étonnant qu'on appelle ça un séminaire".) Mais c'était il y a longtemps. Peu à peu l'excitation sexuelle spontanée est devenue plus rare et plus facile à contrôler. Le célibat est moins
devenu un sacrifice et d'avantage une habitude. La sève s'est lentement tarie". David Lodge, Nouvelles du paradis
"Suave et secrète
jaillit
jour après jour
la sève discrète
de l'envie
à l'amour"
Well, Sève contrôle
Happy birthday Awad :155 billets en un an.
Bien mieux que la Sncf ; (ou même m).
Pas une grève et tellement plus d'entrain...
lundi 4 février 2008
Java
"Tu penses pas que Riton va maintenant rabattre dans le secteur
pour vous emmener en java ?
Vaudrait certainement mieux vous casser aussi".
Albert Simonin, Touchez pas au grisbi
"Jamais
je n'avais eu
aussi envie
de danser la java
avec Gigi
Lulu
Zaza
Mumu
Lily
Nina
et toi
z'aussi
que ce se soir là..."
Well, Java
Un an déjà depuis notre première polka
samedi 2 février 2008
Chair
"La beauté séduit la chair pour obtenir la permission
de passer jusqu'à l'âme"
Simone Weil, La pesanteur et la grâce
"Il a enseveli les morts, sa tête lui faisait mal, le soleil tantôt
lui martelait les yeux tantôt y jetait des poignées de verre pilé,
parfois il s'évanouissait, il les a ensevelis, tous, est-ce moi, petit
garçon, est-ce moi qui t'ai saisi par les pieds et t'ai fracassé le
crâne contre le tronc du tilleul, les disputant aux rats et aux
corbeaux à coups de bâton et jets de pierre, petit garçon, qu'il
pressait et berçait contre lui, soutenant sa tête flasque disloquée les
eaux éclatés sous la peau contre sa poitrine, sa main sentant les
brisures des os en caressant ses cheveux dont les boucles battaient et
frissonnaient encore de lumière malgré le sang qui avait séché,
réponds-moi, petit garçon, tu sais peut-être qui je suis, il l'a
enseveli le dernier, couronnant de fleur
s ce visage dont il avait
essayé de laver le sang , mais cette face bleuie, noircie, aux os
brisés, la chair avait seule tenu flottant comme la peau d'un chat
qu'on saisit par la nuque, cette face ne viendrait jamais jamais jamais
à sa rencontre". Jean-François Haas, Dans la gueule de la baleine guerre
"Chant de râles atonique :
la chair nous bile..."
Well, Chair 238
mercredi 30 janvier 2008
But
"Vous quittez les philosophades,
vous entrez dans la philosophie quand
vous avez admis que le but de la vie est la vie". Louis Pauwels
"L'existence de la plupart d'entre nous est basée sur l'effort, sur une certaine
forme de volition. Nous ne pouvons concevoir l'action qu'en tant que volonté
tendue vers un
but ; notre vie sociale, économique et notre vie soi-disant
spirituelle sont une suite d'efforts lesquels culminent toujours en un certain
résultat. Et nous pensons que cette application est nécessaire, essentielle.
[...] L'effort n'est-il pas une lutte en vue de changer ce qui "est" en ce qui
n'est pas, ou ce qui devrait être ou devrait devenir ? En d'autres termes, nous
luttons perpétuellement afin de ne pas nous trouver face à face avec ce qui
"est" : nous cherchons à nous en évader ou à le modifier. Mais le vrai contentement est celui de l'homme qui comprend ce qui "est", et lui accorde sa
véritable signification. [...] Dès l'instant que j'accepte ce qui "est", il n'y
a pas de faute. [...] Il nous faut d'abord être libres pour voir que la joie et
le bonheur ne se produisent pas par un effort. Y a-t-il création par exercice de
la volonté, ou au contraire lorsque cesse l'effort ? C'es
t alors que l'on crée,
n'est-ce pas, que l'on écrit, peint ou chante, lorsqu'on est complètement
ouvert, lorsqu'on est intégré. C'est alors qu'il y a de la joie, que l'on
s'exprime ou que l'on façonne un objet. Cet instant de création n'est pas le
produit d'une lutte." Krishanmurti, La première et la dernière liberté
"A houle égale
le roulis gagne"
Well, But et rebuts






