Oh ! je jetai un tel cri de douleur, que je crus mon âme élancée hors de mon corps avec ce cri.

Puis aussitôt je me précipitai hors du couvent tellement égarée, tellement éperdue, que l'on comprit qu'il venait de m'arriver un grand malheur, et que l'on ne chercha point à m'arrêter. J'avais vu la direction dans laquelle était tombée la colombe ; j'y courus.

A cinquante pas au delà des murs du cloître, je vis un capitaine qui chassait : c'était lui qui venait de tirer sur la colombe ; il la tenait entre ses mains ; il regardait avec étonnement, avec regret surtout, la lettre qu'elle portait attachée à son aile. 

J'arrivai à lui les bras tendus. Je ne pouvais plus parler ; je m'écriai seulement : Oh ! malheur! oh ! malheur ! oh ! malheur ! 

A quatre pas je m'arrêtai, blêmissante, frappée au cœur, foudroyée ; cet homme, ce capitaine, celui qui venait de blesser notre colombe, c'était le même que j'avais vu la nuit sur le champ de bataille de Castelnaudary. C'était ce Bitéran qui avait tiré sur vous et qui vous avait jeté à bas de votre cheval.

Nous nous reconnûmes.

Oh ! je vous le dis : alors sa pâleur fut presque égale à la mienne ; il me vit habillée en religieuse, et comprit que c'était lui qui m'avait revêtue de cet habit.

— Oh! madame, murmura-t-il ; en vérité, je suis bien malheureux. 

Et il me tendit notre pauvre colombe, qui se débattait dans sa main et qui tomba à terre.

Je la ramassai ; heureusement elle n'a que l'aile cassée. Mais elle avait le secret de votre demeure, mon bien-aimé. Ce secret, elle l'emporte avec elle. Où vous trouverai-je, et comment vous trouverai-je maintenant si elle ne peut plus voler vers vous, voler pour vous dire où je suis moi-même ; pour vous dire que je suis libre, pour vous dire que nous allions être heureux ?

Oh ! bien certainement, il y a une âme dans cette pauvre petite créature. Oh ! si vous aviez vu, mon bien-aimé comte, comme elle me regardait, tandis que je la rapportais au couvent, tandis qu'immobile et sans voix, son meurtrier me suivait m'éloignant, comme il m'avait vue m'éloigner à travers l'herbe ensanglantée de cette prairie qui avait été un champ de bataille. Oh ! je ne sais si cet homme nous rendra jamais en bien le mal qu'il nous a fait, mais il faudra cela pour que je ne le maudisse pas à mon heure dernière ! 

Alexandre Dumas, Histoire d’une colombe

Monique Decaro part II

Le soleil flamboie
La colombe s'envole
Bang ! crie le fusil

Well,   Armistriche ©