Dans Le Petit Chaperon rouge, on est tantôt le loup, tantôt l’enfant, oscillant entre séduction et dévoration, entre découverte et errance. Ainsi, au premier récit de Perrault, plus de cent ans plus tard, les frères Grimm ajouteront des chasseurs qui viendront ouvrir le ventre du loup pour y retrouver vivantes et la grand’mère et la petite fille. Seulin parle alors de figure paternelle protectrice. Mais lorsque le chasseur est absent, la petite fille, devra affronter seule le sexuel qui, par les fantasmes violents (s’agit-il ici de grossesse et/ou d’accouchement ? de triomphe sur la mort ?) et les désordres internes qu’il génère, s’avère inquiétant et dangereux.

On peut se rappeler que la cape qui couvre et identifie la petite fille fut donnée par la grand’mère qui se retrouve au début et à la fin du drame. Celle-ci, en habillant sa petite-fille de rouge, lui offrit — peut-on parler de filiation, de transmission ? — ses premiers éléments de séduction. La petite était déjà belle, la voici embellie. Celle-ci croisera le Loup alors qu’elle est à la recherche de la beauté en musardant dans les bois : le Loup aura dirigé son attention vers les fleurs et les papillons. À l’ambivalence de la petite fille devant le Loup à qui elle donne volontiers le chemin pour se rendre chez sa grand’mère, s’ajoute le fait que la beauté côtoie l’horreur. Elle veut savoir. Le Loup va lui répondre. Elle pourra trouver grisant de lire la pointe du désir dans le regard de l’autre, dans le regard du Loup, de sentir le pouvoir que crée le fait d’être désirée et de frôler, sans s’y faire prendre, ce qu’elle intuitionne déjà comme plaisir et comme danger. Puis, autant par curiosité que par naïveté, le magnétisme du danger opérant, elle tombera directement dans le piège du séducteur : ne se déshabille-t-elle pas pour entrer dans le lit, à côté du Loup ?

Si le Loup évoque la question de la rencontre sexuelle, du trop proche dévorant de la séduction, du fil du désir qui attache les êtres, il signale aussi le trop loin de l’abandon, du rejet, de la négligence parentale, de la perte ou du deuil — la grand’mère malade. Il porte un masque, va vers le travestisme sexuel. Il n’est pas sûr que le Loup, habillé des vêtements de la grand’mère, ou de mère-grand, ne joue pas sur les deux sexes, brouillant la différence des sexes. Il n’y a encore que les femmes qui aient des bébés dans leur ventre.

Le Petit Chaperon rouge illustre bien ce qu’écrit Bataille : l’érotisme est « l’approbation de la vie jusque dans la mort ». Le sexuel, grand ou petit, comporte ici sa composante de cruauté. Et se nourrit de la pulsion scopique. En se promenant dans les bois, dans les rues, dans ses parcours disparates, le Chaperon rouge éprouve la vie sous toutes ses formes. Ce personnage nous enseigne que chaque rencontre, brisant la solitude, est porteuse de cette « exubérance de la vie » qui accompagne l’activité érotique et mène à une jouissance parfois saturée d’interdit, parfois dévastatrice de n’être rien d’autre que jouissance, parfois festive, parfois mortifère. Le conte, par son caractère initiatique, comporte une morale, on n’y échappe pas. 

Marie Claire Lanctôt Bélanger, Une certaine dramatisation du sexuel infantile 

Little red riding hood

Adieu la galette !
Le petit chaperon rouge
s'est remis au crack

Well, Le Grimm ne plait plus   ©