À 31 ans, l’activiste ukrainienne Oksana Chatchko est morte à Paris le 23 juillet.

Connue pour son militantisme féministe, celle qui a cofondé l’organisation des Femen était aussi paradoxalement une virtuose de la peinture d’icônes orthodoxes, dont elle avait toutefois détourné radicalement les motifs après son retour à cet art.

« Elle était divinement douée ». C’est ainsi qu’Olivier Blanckart, critique d’art, décrit la cofondatrice des Femen Oksana Chatchko, plus connue pour son activisme féministe que pour les icônes orthodoxes qu’elle peignait avec talent. Deux jours après la mort de la jeune artiste, cet enseignant aux Beaux-Arts de Paris, où la militante Ukrainienne étudiait, reste abasourdi par ce suicide.

Née en 1987, Oksana Chatchko intègre, à l’âge de 8 ans, l’école de Nikosh en Ukraine, réputée pour son enseignement de la peinture d’icônes orthodoxes et normalement réservée aux adultes. Prise de passion pour cet art religieux, elle cumule les commandes pour décorer des églises de son pays et souhaite entrer dans les ordres. « À 15 ans, elle était considérée comme la meilleure peintre d’icônes d’Ukraine. On lui disait qu’elle avait un don de dieu », explique Olivier Blanckart.

« Elle m’a confié qu’elle voyait initialement l’action des Femen comme une performance d’art. La couronne dans les cheveux, la peinture sur un buste nu : Oksana Chatchko a inventé une grammaire esthétique du militantisme »,témoigne Olivier Blanckart. En danger dans son pays d’origine, elle obtient l’asile politique en France en 2013. Contre toutes formes de hiérarchie, y compris religieuse, et en raison de conflits qui rongent l’organisation féministe, elle quitte les Femen pour renouer avec l’icône et la feuille d’or. La jeune iconographe modèle se mue en iconoclaste. 

Oksana Shachko - Burqa xl

Détourner la tradition

En juin de la même année, la jeune femme toujours violemment opposée à l’orthodoxie dans laquelle elle avait grandi expose quinze de ses icônes dans la galerie Mansart à Paris, ne craignant pas de choquer les croyants. Sur les panneaux de bois, les personnages saints boivent et fument, portent des baskets et des kalachnikovs.

Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse deviennent femmes, la Vierge a l’enfant est voilée d’une burka, le lac de la « Pêche miraculeuse » devient le tombeau des migrants morts en Méditerranée. Les symboles du christianisme orthodoxe sont outragés. En minuscule, au coin de ses œuvres, la signature de l’artiste ressemble à un sigle « XB », deux initiales qui signifient pour les orthodoxes « Christ est ressuscité ».

Un détournement provocateur, d’autant plus poussé que l’artiste respecte le protocole traditionnel de fabrication de ces objets sacrés. Elle se sert de feuilles d’or, use des coloris d’usage et peint, par exemple, avec des pigments mélangés à du jaune d’œuf et de l’eau.

« Si nous observons attentivement son œuvre, on peut se demander pourquoi, depuis 2017, elle venait étudier aux Beaux-Arts. Elle n’avait rien à apprendre, son œuvre était déjà faite », témoigne Olivier Blanckart. 

Constance Vilanova, La Croix

Oksana Shachko horse woman 

Femen que j'aime
n'est pas ta Pietà 

Femen qui gêne
c'est ta ta ta ta
cri sourd de Kalachnikov tout au fond de l'église

Well, Iconoclash
Popaul n'a rêves ©

 

Oksana Shachko