Ceci est une lettre ouverte aux 87 000 bacheliers qui n’ont pas eu leur APB. Tout d’abord, recevez mes félicitations les plus sincères. Vous venez de subir avec succès la première épreuve de la vie, dite de la « grosse baffe dans la gueule ». Ça fait mal mais ça déniaise. Au moins n’êtes-vous pas pris dans la nasse d’un système hypocrite qui ne fait que repousser l’échec, année après année, de licence I en licence II, de licence II en master, de master en doctorat, de doctorat en Pôle emploi, en passant par tous les petits boulots à la con, tous les stages pourris (et introuvables), toutes les couleuvres que vous êtes obligés d’avaler tout en ayant l’air de les trouver à votre goût, toutes les sélections qui ne disent pas leur nom, tous les rêves brisés sur les à-pics des filières surchargées et inutiles, de type « communication » ou « psychologie ». Vous venez d’échapper à un système vicieux qui s’apprêtait sous ses airs affables et grandiloquents à vous appliquer la torture chinoise d’un avenir constipé, distillé au compte-gouttes. Arrêtez de penser diplôme = travail, c’est un piège. Si vous vous entêtez, au mieux vous raterez votre vie, au pire vous transmettrez vos frustrations à vos enfants, qui la rateront à leur tour. Pensez à tous ces diplômés de nos « meilleures » grandes écoles qui choisissent de passer un CAP pour mettre enfin du sens dans leur existence – Le Monde vient de leur consacrer un grand article. Prenez le refus APB pour un signe du ciel qui vous permet de gagner en maturité, instantanément. Les plus courageux n’hésiteront pas à le mentionner en première ligne de leur CV, telle une première balafre reçue au combat contre cet ennemi redoutable qu’est la standardisation des espérances.
Iegor Gran, Naufragés de l’APB.

she__s_dangerous____by_vortigen

Ne te refuse pas à qui voudraient trop t'aimer.

Mais laisse leur croire que tu es indigne de tant d'amour.

Well - Il ne se rappelle plus que de son non et ils s'aiment désepérément   ©