lundi 29 décembre 2008
Bal
"Elle pensait à dix heures et demie. L'heure de s'habiller pour aller au bal, si on était suffisamment demandée pour pouvoir s' en dispenser d'être à l'heure. Il flotterait dans l'air comme unparfum vaporeux de bains récents, et peut-être un nuage léger de poudre dans la lumière comme du son dans les granges. Et elles seraient là,examinant, comparant, se demandant si elles feraient plus d'effet en défilant dans la salle de bal dans le plus simple appareil. Certaines refusaient tout net. C'étaient généralement celles qui avaient des jambes courtes. D'autres, qui pourtant étaient très
bien faîtes, s'y refusaient purement et simplement sans vouloir dire pourquoi. La pire de toutes déclarait que les hommes trouvent toutes les femmes laides, sauf quand elles sont habillées, et elle racontait que le Serpent avait regardé Eve plusieurs jours sans faire attention à elle, jusqu'à ce qu' Adam lui ait fait mettre une feuille de vigne. Comment le sais-tu ? lui demandait-on. Et elle disait que c'était parce que le Serpent était là avant Adam, puisqu'il avait été chassé le premier du Paradis Terrestre." William Faulkner, Sanctuaire
"Très belle pour l'amusade
mais trop bal pour la musette..."
Well, Peau de bal
mercredi 24 décembre 2008
Parfum
"Le venin et le parfum sont toujours dans de petits flacons"
Luis Sepulveda, Une sale histoire
"Chat n'est le Sphinx"
Well, Par faim de fêtes
Soyeux Noël etc...
dimanche 21 décembre 2008
Hiver
"A rouge, I vert
Des jardins truc
ulents
De parfums de parterres
Et d’arômes succulents.
Graine, plant, caïeux, floraison
Zinnias, euphorbes, strelitzias
Pollens, sève, sucs, frondaisons
Hibiscus, cèdres et séquoias
A pourpre, I vert
Des jardins de supplices
Et chemins de travers
Suspendus aux délices
Des idylles d’Eden.
Baby Lone loves your garden !
A rose, I vert
Des jardins d’eaux limpides
Oasis des Alter
Où d’espérantes Hespérides
Et nubiles nymphettes
Rêvassant d’or charnu
Se régalent et s’entêtent
Du fruit d’Eve fendu.
A bois
O stères
Chaque jour autre
Est un brin tendre
Dans mes jardins
D’ivres verts."
Well, Jardins d’I vert
Ecrit pour Les impromptus sur le thème "Jardin d'hiver"
(février 2007 et retaillé pour la saison)
vendredi 19 décembre 2008
Autant que
"L'oisiveté exige tout autant de vertus que le travail: il y faut la culture de l'esprit, de l'âme et des yeux, le goût de la méditation et du rêve, la sérénité" Paul Morand, Éloge du repos
"Autant que tout
ce qui n'est égal
et qui m'est veule,
se ravale
enfin surtout la gueule..."
Well, Au temps tout qu'assez
mercredi 17 décembre 2008
Moment
"La vie d'un homme devrait être une marche solennelle au son d'une
musique exquise, mais secrète. Quand elle semble aux autres désordonnée
et discordante, c'est qu'il marche d'un rythme plus rapide ou que son
oreille plus délicate l'entraîne en mille symphonies et variations. Pas
de halte jamais, sinon à la fin de l'étape, ou bien une de ces pauses
qui sont plus riches que tous les
sons, quand la mélodie plonge à des
profondeurs si étranges qu'elle n'est plus perceptible, plus qu'un
simple abandon au seuil de l'être et de la vie. Ne jamais faire un pas
à contretemps, même aux moments les plus
difficiles, car c'est alors que la musique ne manquera pas d'accroître
son volume et sa douceur, mesurant elle-même le mouvement qu'elle a
inspiré."
Henry David Thoreau, Journal
"Petits moments nus
vaut
Grands monuments"
Well, Moments
lundi 15 décembre 2008
Insensible
"Il y a deux ans, lorsque j'ai perdu mon père, je n'avais plus de goût à la vie. Plus rien, plus personne ne trouvait grâce à mes yeux, et je me suis laissée envahir par une force inquiétante et diffuse, qui m'aspirait, m'empêchant de me lever le matin, de sortir et de voir des amis, sans que je puisse rien faire. Je n'avais pas le courage de lire, et regarder la télévision me fatiguait. Je m'endormais facilement, mais je me réveillais prématurément. Je me réveillais, misérable, malheureuse du jour qui se lève, et je me couchais, sans attente du jour qui suit. Je déambulais dans mon appartement, seule, et je commençais à perdre tout espoir de retrouver un sens à mon existence, lorsqu'un matin, j'ai reçu une lettre venant d'Italie, de la part d'un homme qui cherchait des renseignements sur un certain Georges B.
Georges B., c'était le nom de mon père. L'homme qui m'avait adressé ce courrier ne m'en disait pas plus, mais il me priait de lui répondre rapidement, car «c'était une chose importante pour lui». Je lui ai aussitôt renvoyé un message, dans lequel je lui écrivais que je connaissais la personne qu'il recherchait, qu'elle était décédée, et que j'étais sa fille. Quelques jours plus tard, j'ai reçu un mot du même individu. Il me disait qu
'il s'appelait Paul M. et qu'il était le fils de mon père.
Alors je me suis souvenue d'une photo, une photo d'un petit garçon que j'avais trouvée dans la veste de mon père. Sans pouvoir l'expliquer, immédiatement, j'ai su que cet homme disait vrai.
Etait-ce parce que je n'y croyais pas, ou que je ne voulais pas y croire? Je n'ai pas pleuré lors de la mort de mon père. J'ai appris la nouvelle que j'attendais, car l'on s'y prépare toujours. Depuis l'enfance, lorsque l'on apprend que la mort existe, on pense à la mort des parents. Je suis restée ainsi, interdite, insensible, je ne ressentais rien sinon un grand vide d'émotion. J'aurais voulu pleurer, mais cela ne me touchait pas, ne m'atteignait pas. C'était comme une nouvelle qui ne m'aurait pas concernée, pour laquelle je me serais sentie désolée, mais pas affectée.
On me présentait des condoléances, mais de moi à moi, je savais qu'il n'y avait personne pour les recevoir." Eliette Abécassis, Mon père
"- A bout portant ? Buuung ?
Magnum, Kalach, Bazoo, Crachats !?!
Et t'as rien eu !?! - Ben non !!!..."
Well, UnSansCible (Haïkus)
vendredi 12 décembre 2008
Fouet
"Au cours élémentaire, il a un camarade qui
s'appelle Rob Hart; la maîtresse adore le battre, plus que les autres.
L'institutrice du cour élémentaire est une femme qui s'énerve
facilement; elle a les cheveux passés au henné; elle s'appelle Mlle
Oosthuizen. Ses parents ont entendu parler d'elle par ailleurs sous le
nom de Marie Oosthuizen: elle fait du théâtre amateur et elle n'a
jamais été mariée. Il est clair qu'elle a une vie en dehors de l'école,
mais il n'arrive pas à s'imaginer quelle vie elle a. Il n'arrive pas à
imaginer qu'une institutrice puisse avoir une vie en dehors de l'école.
Mlle Oosthuizen pique des crises de rage, elle fait venir Rob Hart de
son pupitre, elle lui donne l'ordre de se pencher en avant et elle le
fouette sur le derrière. Les coups se succèdent à toute vitesse, la
badine a à peine le temps de se relever. Quand Mlle Oosthuizen en a
fini avec lui, Rob Hart a le visage tout rouge. Mais il ne pleure pas;
en fait, il est peut-être rouge simplement parce qu'il était penché en
avant. Mlle Oosthuizen, elle, a la poitrine haletante et semble au bord
des larmes - des larmes et aussi d'autres débordements.
Après ces accès de furie incontrôlée, le silence total règne dans la classe, le grand silence jusqu'à la cloche.
Mlle
Oosthuizen ne réussit jamais à faire pleurer Rob Hart; c'est peut-être
pour cela qu'elle se met dans des rages pareilles et qu'elle le bat si
fort, plus fort que tout autre élève. Rob Hart est le plus vieux de la
classe, presque deux ans de plus que lui (lui est le plus jeune); il
lui semble qu'entre Rob Hart et Mlle Oosthuizen, il se passe quelque
chose qui lui échappe.
Rob Hart est grand, beau garçon, plutôt
je-m'en-foutiste. Bien que Rob Hart ne soit pas très intelligent et
qu'il risque même de ne pas être admis dans la classe supérieure, il se
sent attiré vers lui. Rob Hart fait partie d'un monde où lui-même n'a
pas encore trouvé le moyen d'entrer: un monde qui connaît le sexe et le
fouet." Scènes de la vie d'un jeune garçon, J.M. Coetzee
"Fouet qui feule affole le feu de vos fesses"
Well, Cravache de nos terres
mardi 9 décembre 2008
Sueur
"Je calcule qu'on est mardi. Le jour où Mlle Saeki fait visiter la bibliothèque, comme à moi le premier jour où
j'en ai franchi la porte... Ses petits talons montant l'escalier, le parquet grinçant sous ses pas, ses bas luisant dans la lumière, son chemisier blanc, ses boucles d'oreilles en perles, son stylo Mont-Blanc posé sur le bureau. Son sourire doux teinté de l'ombre longue de la résignation. Ces souvenirs me paraissent si lointains que je doute de leur réalité. Tandis que, assis sur le canapé à l'intérieur de la cabane, je respire l'odeur du tissu fané, je repense aux moments d'amour avec Mlle Saeki. Elle ôte lentement ses vêtements. Entre dans son lit. Inutile de dire qu'à cette pensée je suis déjà en érection. Mon sexe est dur comme la pierre, mails il n'est plus douloureux comme hier, et l'inflammation du gland a disparu.
Quand je suis las de ressasser mes fantasmes, je sors et fais ma gymnastique habituelle. Je m'accroupis et me relève alternativement,très vite. Puis j'exécute des mouvements de
stretching assez durs.
Je suis rapidement en sueur, aussi je vais tremper une serviette dans le ruisseau de la forêt et m'en essuie le torse. L'eau fraîche apaise un peu mes nerfs." Haruki Murakami, Kafka sur le rivage
"J'aime l'odeur de ces dessous
où tu sues assise ancrée dessus
et de tes deux sous de Bra surtout
qui incendie tout ton 100D à son insu..."
Well, Odeur de seins te tait
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samedi 6 décembre 2008
Souffle
"Vivre était donc une expérience incroyable,
où le plus beau jour de votre existence pouvait s'avérer le dernier, où
coucher avec la mort vous garantissait de voir le matin suivant, et où
quelques règles d'or s'imposaient avec constance: ne jamais marcher
dans le sens du vent, ne jamais tourner le dos à une fenêtre, ne jamais
dormir deux fois de suite au même endroit, rester toujours dans l'axe
du soleil, n'avoir confiance en rien ni en personne, suspendre son
souffle avec la perfection du mort vivant à l'instant de libérer le
métal salvateur. Quelques variables pouvaient à l'occasion s'y glisser,
la position du soleil dans le ciel, le temps qu'il faisait, et à qui on
avait affaire.
De là où il se trouvait, accroupi au sommet du talus
qui longeait le sentier, Toorop surplombait sa victime. A l'ouest, le
soleil baissait sur l'horizon, laquant d'un jaune orange volcanique la
terre ocre du haut Sin-kiang. L'air était sec, encore vibrant de la
chaleur accumulée pendant toute la journée, et d'une pureté irréelle.
C'était le temps idéal pour tuer quelqu'un
.
Un vent frais soufflait
de l'est, en provenance des terres basses, le grand désert du
Takla-Makan, un mot ouïgour qui signifie «le lieu où vous entrez mais
d'où vous ne sortez pas». Torride à l'origine, ici, à deux mille mètres
d'altitude, l'air était coupant comme la lame d'une baïonnette. Quand
le soleil aurait disparu derrière les sommets blindés à la neige
éternelle, il deviendrait glacial en moins de temps qu'il n'en faut
pour prendre une inspiration, ou relâcher son dernier souffle." Maurice
G. Dantec, Babylon Babies
"Jeu laid dans la peau :
En paix, t'y go ? Pourtant l'air y t'aime !..."
Well, Accoupler le souffle
mercredi 3 décembre 2008
Dessin
"A l'école d'art, Harald s'efforce de copier. Il trouve que beaucoup de ses camarades choisissent des solutions de facilité
quand ils posent leurs motifs sur le papier.
-
Ne regarde pas ta main quand tu peins, dit le professeur. Ce n'est pas
une question de force musculaire. La couleur doit vivre par elle-même;
la couleur doit résister et survivre aux motifs.
- Et la forme?
- La couleur est forme. Peux-tu concevoir une couleur
sans forme. Les dessins en noir et blanc eux aussi sont de la couleur.
Mais méfie-toi du rouge, c'est une couleur trop importante.
Harald étant un enfant de la honte, il n'existe pas de photos de lui. Pas d'histoires. La mer de tulipes est son seul souvenir, une mer rouge sang. Il dit:
- Je veux peindre des tulipes. Des tulipes rouges.
- Les tulipes rouges sont peut-être jaunes. Ou bleues. Pourquoi veux-tu peindre des tulipes?
- Un jour, j'ai...
- C'est ça, un traumatisme! l'interrompt le professeur, mais Harald ne comprend pas ce mot, il essaie d'argumenter.
- C'est trop banal?
-
On peut rarement dire qu'un motif est banal, c'est l'exécution qui peut
l'être. C'est ce que disait Ivan Aguéli: «Celui qui trouve qu'une
carotte
est banale ne deviendra jamais peintre.» Qu'est-ce qu'elles racontent, tes tulipes?
-
Elles sont la seule chose que je veux peindre, la seule chose que je
dois peindre. Un jour, j'y suis arrivé. Dans un grand dessin d'enfant.
J'ai presque atteint quelque chose.
- Tu l'as encore, ce dessin?
- Ma mère l'a jeté au feu, mais j'essaie de le retrouver dans mon souvenir.
- Voilà une histoire chargée. Mais peins autre chose entre-temps, les tulipes finiront par se pointer insidieusement. Je crois que ce qui
cloche, dans tes tentatives, c'est que tu réfléchis en même temps et
que tes pensées se posent comme de grosses taches sur la toile.
Commence par peindre et réfléchis ensuite à ce que tu as réalisé. Mais
n'oublie jamais que l'art est un métier d'artisan." Göran Tunström, Le livre d'or des gens de Sunne
"L'indécence de deux seins
sous les traits d'un dessin
soustrait et distend
tout des sens à dessein... (?)"
Well, De l'indécence à dessein

