samedi 2 février 2008
Chair
"La beauté séduit la chair pour obtenir la permission
de passer jusqu'à l'âme"
Simone Weil, La pesanteur et la grâce
"Il a enseveli les morts, sa tête lui faisait mal, le soleil tantôt
lui martelait les yeux tantôt y jetait des poignées de verre pilé,
parfois il s'évanouissait, il les a ensevelis, tous, est-ce moi, petit
garçon, est-ce moi qui t'ai saisi par les pieds et t'ai fracassé le
crâne contre le tronc du tilleul, les disputant aux rats et aux
corbeaux à coups de bâton et jets de pierre, petit garçon, qu'il
pressait et berçait contre lui, soutenant sa tête flasque disloquée les
eaux éclatés sous la peau contre sa poitrine, sa main sentant les
brisures des os en caressant ses cheveux dont les boucles battaient et
frissonnaient encore de lumière malgré le sang qui avait séché,
réponds-moi, petit garçon, tu sais peut-être qui je suis, il l'a
enseveli le dernier, couronnant de fleur
s ce visage dont il avait
essayé de laver le sang , mais cette face bleuie, noircie, aux os
brisés, la chair avait seule tenu flottant comme la peau d'un chat
qu'on saisit par la nuque, cette face ne viendrait jamais jamais jamais
à sa rencontre". Jean-François Haas, Dans la gueule de la baleine guerre
"Chant de râles atonique :
la chair nous bile..."
Well, Chair 238

