dimanche 30 décembre 2007
Année
"C'est une chose bien étrange que les pensées. Elles ne sont souvent rien de plus que des accidents qui
disparaissent sans laisser de traces, elles ont leurs temps morts et leurs saisons florissantes. On peut faire une découverte géniale et la voir néanmoins se faner lentement dans vos mains, telle une fleur. La forme en demeure, mais elle n'a plus ni couleur, ni parfum. C'est-à-dire que l'on a beau s'en souvenir mot pour mot, que sa
valeur logique peut bien être intacte, elle ne rôde plus qu'à la surface de notre être, au hasard, et sans nous enrichir. Jusqu'à ce que revienne soudain - quelques années plus tard peut-être - un moment où nous prenons conscience que dans l'intervalle, même si notre logique a paru en tenir compte, nous avons complètement négligé sa présence."
Robert Musil, Les
désarrois de l'élève Törless
"Tonnes d'années
Qu'on tanna,
Conne damnée
Mon année
Mon aimée
Tue temps va..."
Well, A Sept
jeudi 27 décembre 2007
Appétit
"Tuez les tous,
mais laissez les vivres !"
Well, Festins
"Le plus doux miel devient fastidieux par sa suavité même, et détruit l'appétit par le goût : aime donc modérément : modéré
est
l'amour durable : la précipitation n'atteint pas le but plus tôt que la lenteur."
William Shakespeare, Roméo et Juliette
"Le serveur remplit les verres une fois de plus.
Cette fois, les
frères et les sœurs reconnurent que ce qu'on leur versait n'était pas du vin,
car le liquide pétillait: ce devait être une espèce de limonade. Cette limonade
convenait parfaitement à l'exaltation de leurs esprits; ils avaient l'impression
qu'elle les emportait au-delà de la terre, dans une sphère plus pure, plus
éthérée.
Le général Löwenhielm déposa son verre et, se retournant vers son
voisin, lui dit:
«Voilà certainement du veuve-clicquot 1860!»
Le voisin lui adressa un sourire amical et lui parla du temps
qu'il faisait.
Le serveur de Babette avait reçu ses ordres précis: il ne remplit
qu'une fois les verres de la confrérie, mais il remplissait celui du général dès
qu'il était vide. Or, le général le vidait coup sur coup. Car comment faut-il
qu'un homme de bon sens se comporte quand il ne peut se fier au témoignage de
ses
sens; mieux vaut être ivre que fou.
La plupart du temps, les habitants de Berlewaag éprouvaient
quelques lourdeurs au cours d'un bon repas; il n'en fut pas ainsi ce soir-là.
Les convives se sentaient devenir de plus en plus légers, légers matériellement,
et légers de cœur au fur et à mesure qu'ils mangeaient et buvaient. Inutile à
présent de rappeler les uns aux autres le serment qu'ils avaient fait. Ils
comprenaient que ce n'est pas en oubliant le manger et le boire, mais en ayant
complètement renoncé à l'idée de boire et de manger, que l'homme mange et boit
dans un juste état d'esprit.
Le général, quant à lui, cessa de manger et resta immobile sur sa
chaise. Une fois de plus, sa mémoire le ramenait à ce dîner de Paris auquel il
avait pensé dans le traîneau: on avait servi un plat incroyablement recherché et
savoureux. Il en avait demandé le nom à son voisin de table, le colonel
Galliffet, qui lui avait répondu, avec un sourire, que c'étaient
des «cailles en
sarcophage», et il avait poursuivi en disant qu'il s'agissait là d'une invention
du chef cuisinier du Café anglais, où ils dînaient en ce moment. Or, ce
cuisinier, connu dans tout Paris pour le plus grand génie culinaire du siècle,
était, chose surprenante, une femme.
- En vérité, ajouta encore le colonel
Galliffet, cette femme est en train de transformer un dîner au Café anglais en
une sorte d'affaire d'amour, une affaire d'amour de la catégorie noble et
romanesque, qui ne fait pas de distinction entre l'appétit physique et l'appétit
spirituel. Autrefois, je me suis battu en duel pour
l'amour d'une belle dame;
aujourd'hui, mon jeune ami, il n'y a pas de femme à Paris pour laquelle je
serais aussi prêt à verser mon sang que pour cette cuisinière." Karen Blixen, Le dîner de Babette
"Destins insondables
d' innombrables festins."
Well, Festins
lundi 24 décembre 2007
Noël
"L'homme qui se croit Dieu tue le dieu qu'il porte en lui. L'homme qui ne pense plus aussi loin que Dieu tue la création qu'il porte en lui. L'homme qui ne se soucie plus de sa divinité ferme la porte à sa félicité." Louis Gauthier
"Trève
Rêve
Santé
Nerfs à lagons
Gnons à la guerre
Crève
Rêve
Sensé !
La paix est un cadeau
Ta peau est son cadet..."
Well, Joyeux noèmes
"La promesse revenait toujours, et l'espérance naïve revenait avec elle. Ami lecteur, t' en souviens-tu ? Car à toi aussi, pendant des années,on a promis cet oeuf merveilleux qui n' éveillait pas ta cupidité, mais qui te semblait, de la part de la bonne poule, le présent le plus poétique et le plus gracieux. Et qu' aurais-tu fait de l'oeuf d' argent si on te l' eût donné ? Tes mains débiles n' eussent pu le porter, et ton humeur inquiète et changeante se fût bientôt lassée de ce jouet insipide. Qu' est-ce qu' un oeuf, qu'est-ce qu' un jouet qui ne se casse point ? Mais l' imagination fait de rien quelque chose, c' est sa nature, et
l' histoire de cet oeuf d' argent est peut-être celle de tous les biens matériels qui éveillent notre convoitise. Le désir est beaucoup, la possession peu de chose. Ma mère me chantait aussi une chanson de ce genre la veille de noël ; mais comme cela ne revenait qu'une fois l'an, je ne me la rappelle pas. Ce que je n' ai pas oublié, c'est la croyance absolue que j' avais à la descente par le tuyau de la cheminée du petit père noël, bon vieillard à barbe blanche, qui, à l' heure de minuit, devait venir déposer dans mon petit soulier un cadeau que j' y trouvais à mon réveil. Minuit ! Cette heure fantastique que les enfants ne connaissent pas et qu'on leur montre comme le terme impossible de leur veillée ! Quels efforts incroyables je faisais p
our ne pas m' endormir avant l'apparition du petit vieux ! J' avais à la fois grande envie et grand' peur de le voir : mais jamais je ne pouvais me tenir éveillée jusque-là, et le lendemain, mon premier regard était pour mon soulier, au bord de l' âtre. Quelle émotion me causait l' enveloppe de papier blanc, car le père noël était d' une propreté extrême, et ne manquait jamais d' empaqueter soigneusement son offrande. Je courais pieds nus
m'emparer de mon trésor. Ce n' était jamais un don bien magnifique car nous n' étions pas riches.
C' était un petit gâteau, une orange, ou tout simplement une belle pomme rouge. Mais cela me semblait si précieux que j' osais à peine le manger. L' imagination jouait encore là son rôle, et c' est toute la vie de
l'enfant. George Sand, Histoire de ma vie
"Que nos ailes
se déploient
sans le poids
de leur zèle..."
Well, Xmust
Heureuses festivités
Gâter et faîtes-vous gâter
samedi 22 décembre 2007
Chance
"La chance c'est ce qu'on peut provoquer ensemble"
Well, Enchansble
"Il y a des chances qui tombent dans les bras du
premier venu qu'elles rencontrent, des putains de chances qui le laissent tomber aussitôt pour aller avec le
suivant, et il y a
des chances avisées, au contraire,
qui guettent une personne et l'éprouvent lentement.
Et les vivants se
rencontrent."
Erri De Luca, Trois chevaux
"Je volais
Des avions.
L'un s'envol
a
Sans volets
Et s'immola.
L'autre tomba l'eau.
Je n'en étais toujours pas.
Tombola !
La chance
Air, Son,
Cette chanson
Je l'avais
Nous l'avions."
Well, Chances lentes
mercredi 19 décembre 2007
Âme
"Réellement je ne crois pas à l'âme humaine, je n'y ai jamais cru. J'ai
la conviction que les gens sont comme
des valises : remplies de choses
diverses, elles sont expédiées, lancées, bousculées, flanquées à terre,
perdues et retrouvées, jusqu'à ce qu'enfin l'ultime Porteur les jette
dans l'Ultime Train, et qu'elles roulent au loin dans un bruit de
ferraille." Katherine Mansfield, Félicité
"La toile d'araignée qu'était son âme pouvait à nouveau servir de piège pour ces étranges mouches que sont les idées".
Alessandro Baricco, Châteaux de la colère
"Âme mi-calmant, vautre"
Well, A capilo
"Si l'être que j'aime le plus au monde venait me demander quel choix il lui faut faire, et quel est le refuge le plus profond, le plus inattaquable et le plus doux, je lui dirais d'abriter sa destinée dans le refuge de l'âme qui s'améliore". Maeterlinck
"L'âme en pine,
l'amant peine..."
Well, A capilo
Index
dimanche 16 décembre 2007
Opacité
"Je parcours le monde, le regard dirigé vers les profondeurs...
Partout je rencontre le mystère et vois le reflet d'autres mondes.
Rien n'est clos, rien n'est définitivement fixé.
Le monde est translucide, ses frontières ne cessent de se déplacer, il pénètre d'autres mondes et d'autres mondes le pénètrent.
Il ne connaît pas l'opacité".
Bicolass Berdiaev, Esprit et Liberté
"Une transe par an. Aux Pâques. Que le diacre fane."
Well, A capilo
jeudi 13 décembre 2007
Haut
"Un sentier qui montait avec insolence à travers les éboulis, un sentier méchant et solitaire…un sentier de montagne
criait sous le défi de mes pas. Plus haut : - résistant à l’esprit qui l’attirait vers en bas, vers l’abîme, à l’esprit de la lourdeur, mon démon et mon ennemi mortel. Plus haut : - quoiqu’il fut assis sur moi, l’esprit de lourdeur, moitié nain, moitié taupe, paralysé, paralysant. Versant du plomb dans mon oreille, versant dans mon cerveau, goutte à goutte, des pensées de plomb ".
Gaston Bachelard,L’Air et les Songes
A chahuter sans se précipiter...
lundi 10 décembre 2007
Profondeur
"Des montagnes énormes m’entouraient, des abîmes s’ouvraient devant moi et des torrents s’y précipitaient; les
fleuves au-dessous de moi coulaient à flots; forêts et montagnes retentissaient et je les voyais agir et créer, entremêlées dans les profondeurs de la terre, toutes les forces insondables, tandis qu’entre terre et ciel fourmillent les générations des créateurs en leur diversité. Tout, tout est peuplé de mille formes, cependant que les hommes se rassemblent à l’abri de leurs chaumières et se font un nid en s’imaginant qu’ils règnent sur le vaste monde! Pauvres insensés! qui jugent tout si infime, parce qu’ils sont petits. - Depuis la montagne inaccessible
jusqu’à l’extrémité de l’Océan inconnu, par dessus le désert que nul pied ne foula, souffle l’Esprit de l’Eternel Créateur. Et il se réjouit du moindre grain de poussière qui le perçoit et qui vit - Ah! que de fois alors n’ai-je pas envié les ailes de la grue qui volait par-dessus ma tête pour atteindre la rive de la mer immense, pour boire à la coupe écumante de l’infini cette volupté de vivre qui dilate le coeur, afin de sentir, ne fût-ce qu’un instant, dans la force limitée de mon sein, une goutte de félicité de l’Entre en qui et par qui tout fut créé." Goethe
"Tel un songe
murmuré,
jeu fraudeur
peu frondeur,
je plonge
de tout mon nô
dans les profondeurs
ourlées
de ta tiède peau..."
Well, Profondeurs
samedi 8 décembre 2007
Effort
"Il n'est pas de doctrine plus funeste que celle du moindre effort.
Cette sorte d'idéal qui invite les objets à venir à nous au lieu que nous vers les objets." Gide, Journal sept 42
"Entre l'intention et l'acte il y a l'abîme de l'effort personnel, et nul autre que moi ne peut le franchir à ma place".Jankélévitch, Le sérieux de l'intention
"A forcer l'effort
la force s'efface,
tant le phore m'effare
que son fard m'épuise..."
"L'effort écrème le réconfort,
mais lait fort est crime de vraies folles fourmes."
"Trop d'effort tue la raie qu'on fourre
Trop de founes trouent l'harem qu'on fore..."
Well - Essorts, ressorts et autres serviles efforts
mercredi 5 décembre 2007
Porcelaine
"Peu m'importe qu'il y ait du sucre aux Indes, de la porcelaine à la Chine, du café en Arabie ; il faut qu'on me l'apporte."
Condorcet
Peu m'importe la distance et le temps, j'irai les chercher moi-même. Et pas seulement à Limoges...
Happy 20's




