A word a day

keeps the dico away

jeudi 28 juin 2007

Résonance

Noise____PA, e, i, o, u.
Maux, voyelles qu'on sonnent.
Haïs haut, eux huent !
Well, Haïkus...

"Jeudi. Très belle journée. De mon poste d'observation (fenêtre salle de bains), ai vu Dolorès décrocher des fanfreluches de la corde à linge, dans la lumière vert pomme qui flotte mollement derrière la maison. Aussitôt descendu auBlack_stones___Bruno_Frangi jardin. Elle portait une chemise à carreaux, des blue-jeans et des sandales de tennis. Chaque mouvement qu'elle faisait dans l'air tavelé de soleil pinçait la corde la plus secrète et la plus sensible de mon corps immonde. Un peu plus tard, elle est venue s'asseoir auprès de moi sur la dernière marche du perron et s'est amusée à cueillir des cailloux entre ses pieds - des cailloux, Seigneur! et aussi un éclat de bouteille à lait retroussé comme une lèvre rageuse - pour les lancer sur un vieux bidon. Ping! Tu n'y arriveras pas deux fois - tu ne pourras pas - quelle torture - l'atteindre deux fois de suite. Ping! Une peau exquise - exquise! Douce et bronzée, sans le moindre défaut. Glaces et confiseries sont des sources d'acné. L'hypersécrétion de la suSound_of_celebration___Christopher_Gervaisbstance grasse, ou sébum, qui nourrit les follicules pileux de la peau, provoque une irritation qui ouvre la voie à l'infection. Mais l'acné n'attaque point les nymphettes, quoiqu'elles se gorgent d'aliments trop riches. Mon Dieu, quelle torture, ce chatoiement soyeux sur le bord des tempes, qui se fond graduellement dans l'or brun des cheveux. Et ce petit os frémissant sur sa cheville velouteuse de poussière. «La petite McCoo? Ginny McCoo? Oh, c'est une horreur. Une vraie gale. Et elle boite. Failli mourir de la polio.» Ping! Sur sonUnderworld_escape_from_the_dark___Evgueiy_Shaman avant-bras, le tracement d'un duvet brillant. Quand elle s'est levée pour rentrer le linge, j'ai pu adorer un instant, de loin, le siège délavé de son pantalon aux jambes roulées jusqu'aux genoux. Surgissant soudain de la pelouse, tel l'arbre fictif qu'un fakir fait jaillir de terre, maman Haze est apparue, doucereuse, un appareil photographique en main et, après quelques simagrées d'inspiration héliotropique - l'œil au ciel, l'air chagrin, puis au sol, l'air content - elle a eu l'aplomb de prendre ma photo: Humbert le Bel trônant, les paupières clignotantes, sur le perron de la cuisine.
Vendredi. L'ai vue partir Dieu sait où avec une petite brune prénommée Rose. Comment se peut-il que sa façon de marcher - une enfant, ne l'oubliez pas, une simple gamine - m'excite si abominablement? Analysons. Les pieds i
mperceptiblement tournés en dedans. Une sorte de flottement agile sous le jarret, qui se prolonge, à chaque pas, jusqu'à la pointe du pied. Légère tendance à traîner la jambe. C'est très Noise___Konstantinenfantin et à la fois infiniment impudique. Humbert Humbert est infiniment sensible aussi à la verve argotique de ce bout de femme, à sa voix rêche et stridente. L'ai entendue, peu après, décocher une volée de sottises éhontées à son amie Rose par-dessus la clôture. Mon corps tout entier vibrait de cette résonance aigrelette qui allait crescendo. Une pause. «Allez, faut que je rentre, ma petite.»  Vladimir Nabokov, Lolita

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lundi 25 juin 2007

Obscur

Fields___Natasha_Gudermane

"Quelle obscure folie
d'avoir laissé mourir ce que m'offrait la vie." 
Miklos Zrinyi

"J'ai remarqué que plus on est envahi par le Obscurity___Emrah_ictendoute, plus on s'attache à une fausse lucidité d'esprit avec l'espoir d'éclaircir par le raisonnement ce que le sentiment a rendu trouble et obscur."  Alberto Moravia, Le méprisClair_obscur___Serge_Goetzinger

"L'incompréhensible, en fait, c'est la vie. Rien d'autre. Et qui parfois, prend forme en des êtres humains, et s'élance dans les airs comme des volées d'oiseaux, pour tout obscurcir. L'incompréhensible c'est le miracle. Le monde insondable est celui des Evening_walk___Ken_Barrettmiracles et de la magie, alors que celui qu'on comprend n'est qu'étonnant, sans plus. Avancer dans le domaine de la connaissance, c'est s'éloigner du merveilleux." Thomas Bernhard

Quiet___Mindaugas_Dryza

"A word a day" revient avec l'été.
Et dans une version plus allégée.
Merci pour tous vos encouragements, et votre active participation ;-)
A bientôt...


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jeudi 7 juin 2007

Ailleurs

Soledad_y_silencio___V"Il me semble d'ailleurs, écrivait Kafka en 1904 à son ami Oskar Pollak, qu'on ne devrait lire que les livres qui vous mordent et vous piquent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d'un bon coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Pour qu'ilSkye_gold___Melanie_M nous rende heureux, comme tu l'écris ? Mon Dieu, nous serions tout aussi heureux si nous n'avions pas de livres, et des livres qui nous rendent heureux, nous pourrions, à la rigueur, les écrire nous-mêmes. En revanche, nous avons besoin de livres qui agissent sur nous comme un malheur dont nous souffririons beaucoup, comme la mort de quelqu'un que nous aimerions plus que nous-mêmes, comme si nous étions proscrits, condamnés à vivre dans des forêts loin de tous les Myaloslavskiyhommes, comme un suicide -  un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous. Voilà ce que je crois." Alberto Manguel, Une histoire de la lecture

"Les filles sont un autre monde, et je m'en souviendrai. Elles deviendront cet ailleurs difficile où je te reconnais, pays à inventer pour le bonheur de passer la frontière."  PhilippeReflection___Erwin_F Delerm, La Cinquième Saison

"Voyager, c'est une fête : on met la clef sous la porte, on se laisse à l'intérieur. On se donne rendez-vous à l'étranger. On regarde les rues, le ciel et les maisons. On se regarde soi-même dans les vitrines, étonné d'être où l'on est - c'est à dire ailleurs. On a changé. On est aussi neuf que ce qu'on voit." Christian Bobin, La femme à venir

Birds_migration___Cary_Maures

Cocoa_Mort_Bleu_Caligo_teucer___MB_Coral  



                                    

                                      ...

De nombreuses interrogations depuis plusieurs semaines. A propos de ce blog.
Moroccan_child___Nour_Eddine_El_GhoumariBeaucoup de travail pour chaque billet. (Un vrai job pratiquement). De longues recherches de textes. De photographies. De composition. Et aussi de rédaction ne serait-ce que pour les quelques lignes d'introduction ou le sémillant haïku. (Et beaucoup de plaisir aussi). Mais...
Celles et ceux qui venaient ne viennent plus. Les réactions et commentaires sont de moins en moins nombreux.
Walk____Zosia_zija
L'intérêt s'effiloche. Ce blog ne surprend plus. N'interesse plus.
Que faire alors ? Proposer des liens de vidéos populaces pour jouir d'une affluence qui grimpe et qui grimpe (Hmmm), comme beaucoup (trop) sur la blogosphère. Damned, Nunca ! Sus ! (Pardonnez-moi Geigneur, oui toi, enfin je blasphème !).  N'accepter en aucun cas la sous-médiocrité et demeurer quasi-seul et peu à peu Silencio___Igor_Amelkovichincognital ?  Faire plus sexe ? Ouvrir un courrier du coeur, des moeurs, du beurre ? (idem).
Alléger, écrémer, baratter ? Trouver un compromis ? Chose dupe. A voir donc. A Rep(a)nser.
Beaucoup de vos blogs sont des réussites et visités allègrement. Avec une participation active et surtout,  interactive. Bravo !Walk_in_the_light___Floriana_Barbu
J'ai dû éluder une étape ! (Alors élucidons. Edulcorons. Crédule coron. Déminons. Démon demi-net.
Et dominons (... ! ))
Merci à vous qui venez régulièrement. Et qui vous exprimez avec à propos. Cet espace est encore le votre.
A_dry_wind_swept_across_the_Texas_shore___FoureyesJe vais donc prendre du recul. Réfléchir à une possible réfection. Au mieux.
Mais d'abord, je vais partir. Pas trop trop longtemps pour une fois.  Ou à peine. M'éloigner. M'isoler. Dans les montagnes et les sierras. Plus près des cimes. Et du Divin.
Humblement se délecter de la prose des torrents, de la poésie
passing_ship__Antony_Gormley_sculpture___Carlin de ces jours sans fin et de l'indicible prosodie du temps qui passe. Parfois beaucoup plus lentement.
Ailleurs. Là-bas.
Avec d'autres mots.
Trop envie de les vivre.
A bientôt...

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lundi 4 juin 2007

Rien

Rien. Pour l'instant. On_the_edge___Oriana_Barbu 





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vendredi 1 juin 2007

Silence

30mn_with_the_wind___Rui_Cardoso"Soudain de vrais bruits.
Le vent dans les feuilles. Pluie.
Puis ce silence..."
Well, Haïkus

"Les âmes se pèsent dans le silence, comme l'or et l'argent seZen___V pèsent dans l'eau pure, et les paroles que nous prononçons n'ont de sens que grâce au silence où elles baignent." Maurice Maeterlinck, Le trésor des humbles

"L'étrange prédiction du caporal Honda me revint alors à Quietness_and_something_in_the_water___Eugene_Ilchenkol'esprit : je ne mourrais pas sur le continent chinois. Ligoté nu sur cette selle, le dos brûlé par le sable et le soleil, je ne cessais de me remémorer   un à un les mots que Honda avait prononcés. Lentement, je repassais dans mon esprit son expression à ce moment là, son attitude, le timbre de sa voix. Et je décidai de croire de tout coeur à saFinish_Line___Please_view_Larger___Patrick_Di_Fruscia prédiction. Non, je ne mourrai pas ici, je m'échapperai, je survivrai et foulerai à nouveau le sol de ma terre natale, me répétai-je avec conviction.
Nous progressâmes vers le nord deux ou trois heures durant. Puis nous nous arrêtâmes près d'un de ces petits monuments lamaïstes en pierre, que l'on Konstantinappelle obo en Mongolie. Ce sont des reliquaires, qui jouent aussi un précieux rôle de point de repère dans ces vastes étendues désertiques. Les soldats mongols descendirent de cheval devant cet obo, et dénouèrent mes liens. Puis d'eux d'entre eux me traînèrent jusqu'à un lieu un peu à l'écart. Je m'attendais à être exécuté. Ils m'avaient amené jusqu'à un
Tagrera_Desert___Wo_Vo puits, entouré d'un mur de pierre d'environ un mètre de haut. Ils me firent agenouiller au bord, me maintinrent la nuque pour me forcer à regarder à l'intérieur. Le puits était si profond que je ne distinguai rien d'autre que des ténèbres. Le commandant de la patrouille apporta une pierre grosse comme le poing, et la jeta au fond du trou. Un petit moment après, un bruit sec retentit :What_was_he_thinking___Dietmar_Eckell le puits devait être à sec. Sans doute ce point d'eau jouait-il un rôle important autrefois, mais il avait dû s'assécher à cause des transformations dans les nappes d'eau souterraines. D'après le temps qu'avait  mis la pierre à atteindre le fond, le puits devait être très profond.Cool_water___Marga_D
Le sous-officier me regardait en ricanant. Puis il tira une grosse mitraillette automatique de son havresac. Il enleva le cran de sûreté, remplit le chargeur. Dirigea le canon vers ma tempe.
Cependant, il ne tira pas. Il abaissa lentement son arme, puis leva la main gauche et désigna le puis derrière
moi. Tout en léchant mes lèvres sèches, je regardais son La_sombra_de_la_muerte___Jose_Angel_Barberoarme. C'était donc ça ! Ils voulaient que je choisisse moi-même mon sort. Soit il me tirait dessus et je mourrais tout de suite à coup sûr. Soit je sautais dans le puits. Comme il était très profond, je pouvais me blesser dans ma chute et mourir, ou succomber plus ou moins vite, de faim et de soif, une fois au fond. Je comprenais enfin ce qu'avait voulu dire le Russe :Let_s_shut_up___Ed_de_Vlam c'était là la chance de survie dont il parlait. Le sous-officier désigna la montre de Yamamoto à son poignet, puis leva cinq doigts : j'avais cinq secondes pour réfléchir. Il avait à peine compté jusqu'à trois que je grimpai sur la margelle du puits et me jetai résolument dedans. C'était ma seule chance. Je m'étais dit que je pourrais m'agripper aux parois et me laisser glisser en retenant ainsi ma chute, mais je n'en eus pas Silence___Dragomir_Vukovicle temps. Mes mains ne purent rien saisir, je tombai comme une pierre.
Ce puits était vraiment profond, et la chute me parut interminable. En réalité, bien sûr, elle ne dura sans doute pas plus de quelques secondes, mais je me rappelle que pendant que je dévalais ainsi les ténèbr
Blue_sleep___Jennifer_Newtones, de nombreuses images me traversèrent l'esprit : ma lointaine province natale, la femme avec laquelle j'avais passé une unique nuit avant de partir au front, mes parents. J'étais reconnaissant au ciel de n'avoir pas de frères, mais seulement une soeur cadette. Même si je devais mourir ici, elle ne serait pas envoyée à la guerre et pourrait rester auprès de mes vieux parents. Je pensai aussi aux gâteaux de riz. Puis je m'écrasai au fond du About_not_given_birth_fish___Larisa_Dodzpuits sur la terre sèche, comme un sac de sable, et perdis un instant connaissance sous le choc. Il me semblait que mon corps avait explosé dans l'air.
Je repris conscience au bout, je crois, de quelques secondes, en sentant couler sur moi un étrange liquide, que je pris d'abord pour de la pluie. C'était de l'urine : les
Nature_s_sleep___Jonathan_Charlessoldats mongols étaient en train de m'arroser de là-haut. Je levai la tête, et aperçus leurs silhouettes minuscules, en ombres chinoises, se penchant tour à tour par-dessus la margelle ronde pour me pisser dessus. Cette scène me parut aussi irréelle qu'une hallucination due à l'absorption d'une drogue. C'était pourtant la réalité : j'étais au fond de ce puits Kurz___Lothar_M_lleret l'urine qui me dégoulinait dessus était bien réelle. Quand ils eurent fini, l'un des Mongols braqua une lampe de poche vers moi. J'entendis des rires. Puis leurs silhouettes disparurent. Après leur départ, un profond silence enveloppa les alentours." Haruki Murakami, Chroniques de l'oiseau à ressort

Et vous, pour quels silences sauriez-vous succomber ?

Posté par Well à 00:09 - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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