samedi 26 mai 2007
Dressage
Trop peu peloté(e)
Devient féroce, surtout
En état tigress' !
Well, Haïkus...
"Quinze jours après les juments, étaient dressées. Don
Segundo, homme de pratique et de patience, connaissait toutes les ressources du métier. Il passait la matinée dans le parc à manier ses bêtes : il les tapotait avec les couvertes pour les
rendre moins chatouilleuses, il leur donnait des claques sur la croupe et le coup pour qu'elles ne craignent plus ses mainsions pour les habituer au bruit des ciseaux, les enlaçait par le poitrai
l pour qu'elles ne se dérobent pas quand il s'approchait d'elles. Graduellement et sans brusquerie il avait tenu les engagements du dresseur, et nous le voyions ouvrir les barrières et conduire les troupeaux de bouvillons avec ses bêtes fraîchement dressées.
- Les juments sont toutes douces dit-il à la fin au patron.
- très bien, répondit Don Leandro. Suivez-les quelques jours car j'aurais du travail pour vous." Ricardo Güiraldes, Don Segundo Sombra
"Konomor reprit son évocation des tigres et de leur dressage. Il expliqua la technique du travail alterné "en pelotage" et en "férocité". Peloter un tigre signifie obtenir ce qu'on attend de lui à force de tendres caresses, de gentils gratouillis, de flatteries et de récompenses. Au spectacle aussi,
face au public, le dompteur peut afficher cette troublante intimité avec le fauve lorsqu'il le présente "en pelotage". Mais pour que les spectateurs ne finissent pas par croire que ces
fauves réputés meurtriers ne sont que des gros matous de compagnie, et aussi tout simplement parce qu'il arrive un moment où le tigre n'entend pas une autre langue, l'art du domptage et les
relations de l'homme à la bête se font "en férocité" : et alors aux marques de tendresse et d'amour succèdent, en contraste brutal, les cinglades de la cravache et les coups de bâton sur le nez. C'est alors que le tigre montre ce qu'il est, ce qu'il n'a cessé d'être, ce qu'aucun dressage ne lui enlèvera jamais :
l'animal le plus indomptable, le plus farouche, le plus haut placé dans la hiérarchie du féroce et dans l'aristocratie du sauvage, celui qui en un éclair, lance les lames acérées de sa patte et n'exprime plus, la gueule ouverte sur les
poignards de ses crocs, que son irréductible différence. Konomor fit observer que les relations humaines, et surtout celles, tumultueuses et extrêmes, de l'amour, unissent et séparent, opposent et rapprochent les êtres selon des modes identiques au "pelotage" et à la "férocité". Alain Fleischer, Les trapezistes et le rat
mercredi 23 mai 2007
Energie
"Tu y es presque !
Volonté et Lumière,
Eclairs de la vie."
Well, Haïkus
Spécial Amba Till
"Cette situation m'a permis de réaliser à quel point
j'étais
vulnérable et m'a permis de réfléchir au tragique humain. Tout
ce qui n'entre pas dans la norme est rejeté, car cela nous confronte à
quelque chose d'intolérable, la peur de l'échec et de la souffrance,
l'inutilité de l'être, en quelque sorte la porte ouverte sur le vide.
On tente d'éviter le problème par le déni, c'est simple et c'est
identique dans tous les domaines, comme si la défaillance faisait
exploser le système, en créant l'exclusion, le rejet de
celui qui est
différent? Vivre peut être considéré comme une victoire, vivre avec un
handicap est une double victoire, sur soi et sur les autres. L'esprit
est terrifiant il est soumis aux marques du temps et de l'usure. Je
suis devenue cette personne qui voudrait et ne peut pas toujours, je ne
maîtrise plus mon mental. Se résigner à vivre dans l'oubli permet de
descendre à des profondeurs insoupçonnées à l'intérieur même de
l'abîme.
[...] Les rayons du soleil apparaissent sur les murs de ma
chambre et je retrouve le silence entre la solitude et moi. Je fais
juste semblant d'accepter que l'essentiel m'échappe, j'écris pour vivre
une aventure irréelle, qui me ramène vers d'autres scènes, dans une
autre vie où je rencontre l'amour, comme si je n'étais pas moi et que
je vivais sans souvenirs. Je suis toute neuve, je n'ai pas encore
commencé d'exister. Ma vie se
passe, dans la fiction et j'y retrouve mes
plus belles histoires d'amour inachevées, interminables. Une toile de
fond représente une porte cochère qui s'ouvre sur un château, au fond
d'un parc enseveli sous les fleurs sauvages. Je fais un pas pour
traverser le paysage, mais je marche trop lentement et la porte crie sa
plainte et se referme sur l'aube transparente. Parfois, je repose le
livre que j'étais en train de feuilleter et je perçois l'appel des
nuages qui tapissent le ciel. Je découvre la fragilité de l'univers, la
vulnérabilité des éléments. Je réalise à quel point notre capacité
d'aimer est différente, j'en veux pour preuve tous ceux qui ont tué
l'amour, faute de réaliser qu'ils comptaient pour quelqu'un. Je pense à
toutes les énergies qui se connectent au même moment sur terre et dont
je fais partie, j'en suis consciente. Cela va de la simple bête à bon
Dieu à la belle magie qui peuplait notre enfance. Le courant me porte
vers d'autres rivages que je n'avais jamais abordés auparavant. Je
réalise que je suis en train de pénétrer les couches successives d'un
ordre différent de celui qui m'était familier. Je dois aller jusqu'à la
phase finale, celle qui me délivrera du doute." Amba Till, Lonely
"Il m'aida à reconstruire dans le Reiki toute
l'énergie vitale que
j'avais dispersée inutilement. Il me voulait du
bien, et je parvins à libérer mes émotions anciennes.
Il y a toujours une part intime de soi que l'auteur tente de révéler
dans ses pièces, obsessions ou hantises. Le public ne s'y trompe pas,
il décode l'épisode et est touché en plein coeur. C'est ce qui
transforme un artiste en personnage médiatique. L'art de toucher les
autres, le jeu de la séduction, une expression ou un seul mot au bon
moment, peut transformer une une histoire en histoire vraie, dans
laquelle chacun retrouve un coin secret de son propre destin.
[...] L'amour de Paul avait ce quelque chose de violent et de possessif
que je trouvais dans les films populaires. Je m'étais monté une
véritable collection de revues que j'avais à peine le temps de
feuilleter, avec toutes les biographies et photos de mes stars
préférées.
Je n'ignorais pas que le temps faisait durer les choses
et pouvait renforcer les liens, je m'étais donc jurée de tout faire
pour que notre histoire ne s'épuise pas et progresse éternellement. En
réfléchissant, je finis par me dir
e que le meilleur moyen de tenir un
amant était bien de le lier physiquement et de lui infliger les pires
tentations. J'allais donc me montrer plus dure et hautaine que jamais,
selon l'exemple que me montraient les vedettes à l'affiche. Je revoyais
les lèvres pulpeuses de Rita Hayworth et ce geste de la main qu'elle
utilisait pour renvoyer dédaigneusement son amant. Aucun abandon,
aucune fusion n'était envisageable." Amba Till, La maison Nuage
"Pas question d'abandonner la tradition. D'ailleurs
c'est le même mot qui exprime en mina "tradition" et "sang" : EHUN...
Il représente un choix tacite, on ne peut pas nier l'idée d'alliance
qui y est contenue, et qui abolit les distances entre
frères de même
sang.
Siko devra passer trois étapes initiatiques pour faire ses
preuves et démontrer qu'il sera digne de fonder un foyer. Comme tout
jeune homme, il en connaît bien les principes, qui sont simples mais
inviolables.
Première étape, avoir passé le cap du demi-kola, c'est
à dire avoir plus de quinze ans. Puis faire acte bravoure. Ici chacun
considère la femme comme un objet fragile et se doit de la
protéger. Il
faut être compté au nombre des braves pour prétendre à la main d'une
fille. Il n'y a pas si longtemps, lui et Koffi avaient transpercé de
leur lance un buffle qui barrait le passage aux porteuses d'eau, le
long des rives du fleuve Mono. Il avait montré son courage et passé
avec brio la deuxième épreuve.
Restait la troisième et ultime
épreuve, dite de virilité. On avait attendu la pleine lune pour mettre
en place les réjouissances. Le bruit sourd du tam-tam se fait soudain
entendre et le
rythme millénaire se déchaîne sur la place du village.
Les filles en âge d'être mariées se sont regroupées en cercle autour
des prétendants, tous vêtus de la seule écorce noire de leur peau. Ils
ont entamé une série de danses frénétiques, et y mettent toute leur
âme, exprimant ainsi la force féconde de leur corps. Leurs pieds
adhèrent au sol et martèlent devant eux une piste imaginaire.
L'énergie
sexuelle est la qualité première d'un homme. Onentend les filles dire
d'un tel en le voyant danser : "Il danse comme un vrai bout de ficelle,
ce serait un lombric au lit !"
[...] Le son de l'Agbadja cède
doucement la place à la danse du feu, le Gazo. Siko redouble d'énergie
et plonge dans le rythme envoûtant. La danse est un langage que le
corps émet et inscrit dans le vent. Le message se veut intime, il coule
comme un défi, et enveloppe l'assemblée de son haleine brûlante. Les
jeunes filles, en transes, se mettent à pousser
de grands cris et
veulent rejoindre le cercle des prétendants.
Il est si beau ce corps
à corps entre le Noir et la danse... La poussière monte du sol. Siko
danse l'histoire de sa vie. Il revit les scènes de guerre, la
souffrance, réveille les foyers sous le coup du pilon qui écrase le mil
dans les mortiers, mime les gestes quotidiens de l'amour, accompagne
enfin le cri du coq qui fait lever un soleil jaune à nul autre
pareil..." Amba Till, Le chemin d'Agoué
Le mot du jour aurait également pu être "Amour".
Et toi, pour qui ton coeur s'Amba(lle) Till ?
lundi 21 mai 2007
Tolérance
Voici enfin les réponses à notre Récréation "Les 3 énigmes"
Auteur : Gabriel Garcia Marquez
Roman : Cent ans de solitude
Mot mystère : Tolérance
Phrase cachée : "Il dormait tout le jour et passait la nuit dans le quartier des maisons de tolérance à parier sur sa force physique."
Six mots ont été proposés : Ivresse - Migration - Sens -
Contact - Lien - Money
Quatre phrases ont été imaginées avec talent (contenant le mot présumé). Et qui s'intègrent parfaitement dans le texte. Des vocations se révèlent :
1) "Il dormait tout le jour et dès le soleil disparu à l'horizon il sombrait jusqu'au matin dans la débauche et l'ivresse de sa force
physique." (Oui-oui)
2) "Il dormait tout le jour, la nuit étant rythmée par les excès de
plaisirs des sens et de beuveries auxquels il montrait une
extraordinaire résistance qu'il devait indubitablement à sa force
physique." (Danouche)
3) "Il dormait tout le jour, dépendant, abreuvé et épuisé de ces contacts
nocturnes violents ou sensuels, où se jouait et revenait sans cesse la
question de son incroyable force physique." (Bridget)
4) "Il dormait tout le jour et, la nuit venue, il tissait un extraordinaire
lien d'amitié avec ces gens du bout du monde qui l'avaient d'emblée
accepté comme un des leurs, hormis toutefois la crainte exprimée de sa
force physique." (Danouche)
La phrase mystère est dévoilée ci-dessous (bleu plus pâle) dans une partie de son texte originel, avec le nom complet de nos deux héros : José Arcadio et Ursula.
"- Cinq pesos de plus pour chacune, proposa José Arcadio, et
je me partage entre vous vous deux.Il vivait de ça. Il avait fait soixante-cinq fois le tour du monde, enrôlé dans un équipage de marins apatrides. Les femmes qui
couchèrent avec lui cette nuit-là dans l'établissement de Catarino le
ramenèrent tout nu jusque dans la salle de bal où l'on put voir que pas
un millimètre de son corps, des pieds à la tête et devant comme
derrière, n'était sans tatouages. Il ne parvenait pas à s'adapter à la
vie familiale. Il dormait tout le jour et passait la
nuit dans le quartier des maisons de tolérance à parier sur sa force physique. Les rares fois où Ursula réussit à
lui faire prendre place autour de la table, on le vit avenant et
rayonnant, surtout quand il se mettait à raconter ses aventures en pays lointains. Il avait fait naufrage
et dérivé pendant deux semaines dans la mer du
Japon, se nourrissant du
cadavre d'un de ses compagnons qui avait succombé à l'insolation et
dont la chair salée, ressalée et cuite au soleil, était granuleuse et
douceâtre à manger. Dans le golfe du Bengale, en plein midi, par temps
magnifique, son bateau avait eu raison d'un dragon de mer dans le
ventre duquel ils trouvèrent le casque, les fermaux et les armes d'un
croisé. Ils
avaient aperçu dans les Caraïbes le fantôme du
bateau-corsaire de Victor Hughes, la voilure arrachée par les vents de la mort, les mâts rongés par les cafards de mer, faisant route vers la Guadeloupe et se trompant toujours de cap." Gabriel Garcia Marquez, Cent ans de solitude
Un mot sur l'auteur : Né dans un petit village colombien, Gabriel Garcia Marquez sera élevé par ses
grands-parents
maternels. Après ses études secondaires, il étudie le droit mais
la littérature retient toute son attention. Il lit beaucoup et commence à
écrire. Il devient journaliste et écrit ses premiers contes. Ses activités
journalistiques le rendent célèbre mais également indésirable pour le
gouvernement colombien, en particulier à cause d'un texte (réédité en 1970 sous
le titre Récit d’un naufragé) où il aborde le sujet du trafic de drogue en Colombie. En 1955, il est envoyé en Europe et voyage dans de nombreux pays
jusqu'en Union
soviétique. Puis il revient en Colombie où il se marie. Installé
à Mexico, il écrit Les Funérailles de la grande mémé, en 1962. C'est la
publication de Cent ans de solitude qui va le rendre
célèbre dans le monde entier.
Cent ans de solitude est le roman le plus connu de Gabriel Garcia
Marquez. Il y retrace l'épopée, sur un siècle, de la famille Buendia fondatrice
du village imaginaire de Macondo. Garcia Marquez pensait à ce roman depuis l'âge
de 17 ans. Considéré comme un chef d'œuvre universel pour sa portée humaniste,
on parle de réalisme magique pour qualifier son style. Un roman à emporter pour lire heureux ou simplement à lire et relire pour se faire emporter...
Des réponses, certes, mais pas pléthore de propositions. Pourtant vous avez été nombreux à consulter ces énigmes. (Inintéressant ? Fastidieux ? Trop facile ? "C'est toi qui fais mon ménage ?").
Merci à tous les participants et un grand Bravo à Pénélope et Danouche qui ont trouvé illico le titre du roman. Quelle culture ! Bravo également à nos trois romancières et romanciers de substitution. (Oui-oui, Danouche, Bridget, Plus Mélo et Ana). A quand un grand roman ? ;-)
Cette récréation vous a-t-elle au moins diverti(e)s ?
A bientôt pour un nouveau billet.
mercredi 16 mai 2007
Récréation
Récréation littéraire : "Les trois énigmes"
Comme de coutume sur A word a day nous allons retrouver un
texte fort autour d'un mot, le tout agréablement illustré de splendides photos ;-)
Mais aujourd'hui on complique quelque peu le principe.
Car il y a trois énigmes à résoudre.
1) : Quel est l'auteur de ce texte, ainsi que le nom du roman ?
2) : Quel est le mot du jour ?
3) : Quelle phrase pourrait se cacher sous l'extrait dissimulé (par des xxxxxx) ?
Pour vous aider, vous trouverez quelques indices au bas de cette page.
Mais tout d'abord voici un extrait de ce superbe roman.
Je dirais même, de cette prodigieuse faconde.
"C'était José Aa. Il revenait aussi démuni qu'il était parti,
à tel point même qu'Uu dut lui donner deux pesos pour payer la
location de son cheval. Il parlait un espagnol mêlé du jargon des gens
de la mer. On lui demanda où il était allé et il répondit : "Par là."
Il suspendit
son hamac dans la chambre qu'on lui destina et dormit durant trois
jours. Dès son réveil, après avoir gobé seize oeufs tout crus, il se
rendit directement à l'établissement de Catarino où sa colossale
stature provoqua chez les femmes un mouvement de curiosité panique. Il
demanda de la musique et fit servir une tournée générale d'eau-de-vie.
Il fit des paris en luttant à la force du poignet contre cinq hommes
à la fois. "C'est impossible, disaient-ils en se rendant à l'évidence
qu'ils ne parvenaient même pas à lui remuer le bras. Il a le bracelet
des enfants-en-croix". On disait qu'ils s'ouvraient les veines du
poignet avant de passer ce bracelet, et en retiraient une force
surhumaine. Catarino, qui n'y croyait pas, paria douze pesos qu'il ne ferait pas bouger le comptoir. José Aa l'arracha du sol, le brandit
au-dessus de sa tête et le porta jusque dans la rue. Il fallut
onze hommes pour le rentrer. Dans la chaleur de la fête, il exhiba sur
le comptoir son invraisemblable virilité entièrement tatouée d'un
entrelacement d'inscriptions en bleu et rouge, rédigées en plusieurs langues. Aux femmes qui l'assiégèrent de leur convoitise, il demanda laquelle payait le plus
cher. La plus fortunée offrit vingt pesos. Il proposa alo
rs de se
mettre en loterie à dix pesos le numéro. C'était un prix exorbitant,
car la femme la plus sollicitée ne gagnait pas plus de huit pesos dans
la nuit, mais toutes acceptèrent. Elles écrivirent leur nom sur
quatorze petits papiers qu'elles mirent dans un chapeau, et chaque
femme en sortit un. Lorsqu'il ne resta plus que deux papiers au fond du
chapeau, on put établir de qui il s'agissait.
- Cinq pesos de plus pour chacune, proposa José Aa, et je me partage entre vous vous deux.
Il vivait de ça. Il avait fait soixante-cinq fois le tour du monde, enrôlé dans un équipage de marins apatrides. Les femmes qui
couchèrent avec lui cette nuit-là dans l'établissement de Catarino le
ramenèrent tout nu jusque dans la salle de bal où l'on put voir que pas
un millimètre de son corps, des pieds à la tête et devant comme
derrière, n'était sans tatouages. Il ne parvenait pas à s'adapter à la
vie familiale.
Il dormait tout le jour... xxxxxxxxxxxxxxx MOT xxxxxxxxxx ... force physique.
Les rares fois où Uu réussit à
lui faire prendre place autour de la table, on le vit avenant et
rayonnant, surtout quand il se mettait à raconter ses aventures en pays lointains. Il avait fait
naufrage
et dérivé pendant deux semaines dans la mer du Japon, se nourrissant du
cadavre d'un de ses compagnons qui avait succombé à l'insolation et
dont la chair salée, ressalée et cuite au soleil, était granuleuse et
douceâtre à manger. Dans le golfe du Bengale, en plein midi, par temps
magnifique, son bateau avait eu raison d'un dragon de mer dans le
ventre duquel ils trouvèrent le casque, les fermaux et les armes d'un
croisé. Ils avaient aperçu dans les Caraïbes le fantôme du
bateau-corsaire de Victor Hughes, la voilure arrachée par les vents de la mort, les mâts rongés par les cafards de mer, faisant route vers la Guadeloupe et se trompant toujours de cap." Romancier ? , Roman ?
Quelques indices :
1a) : Cet écrivain n'est pas français. Des éléments dans le texte peuvent aiguiller sur son origine.
1b) : Le titre de ce roman comporte au moins 4 mots. Tant en français que dans sa langue originelle.
1c : ) : José Aa et Uu ne sont pas les véritables noms de nos héros. Car Google, bien trop fort, les aurait débusqués immédiatement.
2a) : Le mot mystère à découvrir est un nom commun. Mais n'est pas un objet.
2b) : Vous pouvez aussi vous aider des illustrations, sachant
toutefois que l'onirisme du concepteur de ce blog est souvent très perfide.
3a) : La phrase cachée comporte le mot mystère à découvrir.
Elle est dissimulée par une autre du type :
"..... xxxxxxxxxx MOT xxxxxxxxxx ....."
Le début et la fin de la phrase (...) demeurent intactes.
La phrase est également identifiable sur une ligne bien à part.
Le mot n'est pas forcément centré...
Vous avez du talent ! A vous maintenant de recomposer cette phrase. Oui, imaginez-la !!!
Bien sûr, vous disposez de quelques jours pour venir à bout de ces trois énigmes. J'espère que ce jeu littéraire saura vous divertir.
Récréation. Re-création.
Heureuse fin de semaine.
A bientôt de vous lire,
Well
Rappel : (au 17 mai)
Il y a 3 énigmes. Si vous ne trouvez pas l'auteur de ce texte, ce n'est pas bien grave. Essayez tout de même les deux autres. Je rappelle que le mot à trouver ne nécessite pas de connaître le nom de l'écrivain ou le titre du roman. Juste une intuition d'après les photos. Idem pour la phrase. Le but n'est pas de trouver la phrase exacte mais d'en imaginer une. Dans la grande tradition de l'improvisation littéraire.
Bravo aux premières participantes...
Réponses dans le prochain billet
lundi 14 mai 2007
Dialogue
"- Sinon toi ça va ?
- Je sors bientôt de réa !
- Ah ! ...Tant mieux alors"
Well, Haïkus and co
"Le dialogue - chose écrite et parlée - n'appartient pas
spécialement à la scène, il appartient au livre ; et la preuve, c'est que l'on réserve dans les manuels d'histoire littéraire une place au théâtre considéré comme une branche accessoire du langage articulé" A. Artaud, Le théâtre et son double
"Je puis en tout cas assurer l'amateur éclairé qui hésite encore
à acquérir un python que je n'ai aucun drame d'"incommunabilité" avec Gros-Câlin. Lorsqu'on est bien ensemble, on n'a aucun besoin de se mentir, de se rassurer. Je dirais même que l'on reconnaît le bonheur au silence. Lorsque la communion est vraie et entière, sans frimes, seul le silence peut l'exprimer. Mais aux personnes qui ne sont pas exigeantes et qui attendent une réponse de
l'extérieur, avec dialogue par voie vocale, je peux recommander M. Parisi, 20 bis rue des Enfants-Trouvés, au troisème gauche.
J'avais fait appel à son art il y a quatre ans, alors que je n'avais pas encore fait ma prise de conscience que Gros-Câlin n'était donc pas encore entré dans ma vie. J'étais installé dans mon deux-pièces, avec mes meubles, des objets divers, des présences familières. Le fauteuil, surtout, m'est sympathique, avec son air décontracté, qui fume la pipe, en tweed anglais ; il semblait toujours se reposer après de longs voyages et on sentait qu'il avait beaucoup de choses à raconter. Moi j'ai
toujours choisi mes fauteuils parmi les Anglais. Ce sont de grands globbe-trotters. Je m'asseyais sur le lit en face de lui, je prenais une tasse de thé et j'aimais cette présence tranquille, confortable, qui deteste l'agitation. Le lit aussi est bien, il y a de la place pour deux, en serrant un peu.
Les lits m'ont toujours posé des problèmes. S'ils sont étroits, pour une seulle personne, ils vous foutent dehors, en quelque sorte, ils vous coupent vos efforts d'imagination. ça fait I, sans
ambages, sans ménagement. "T'es seul, mon vieux, et tu sais bien que tu le resteras." Je préfère donc les lits à deux places, qui s'ouvrent sur l'avenir, mais c'est là que se présente l'autre côté du dilemme. Les dilemmes sont tous des peaux de cochon, soit dit en passant, j'en ai pas connu d'aimables. Car avec un lit pour deux chaque soir, et toute la journée samedi et dimanche, on se sent
encore plus seul que dans un lit pour un, qui vous donne au moins une excuse d'être seul. La solitude du python à Paris vous apparaît alors dans toute sa mesure et se met à grandir et à grandir. Seul dans un lit pour deux, même avec un python enroulé autour de vous, c'est l'angoisse, malgré toutes les sirènes d'alarme, les police-secours, les voitures des
pompiers, ambulances et états d'urgence, dehors, qui vous font croire que quelqu'un s'occupe de quelqu'un. Une personne livrée à elle-même sous les toits de Paris, c'est ce qu'on appelle les sévices sociaux. Lorsque cela m'arrivait, je m'habillais, je mettais mon manteau, qui a une présence chaleureuse avec manches, et j'allais me promener dans les rues en cherchant des amoureux dans les portes cochères. C'était avant la Tour Montparnasse.
J'ai fini quand même par acheter un lit à deux places, à cause
de Mlle Dreyfus.
Je n'ai pas eu cette idée tout seul, c'était le gouvernement de la France qui m'a encouragé, en parlant d'animation culturelle. C'était alors le grand mot, ça faisait des centres. Ce sont ces mots "animation culturelle" qui m'ont donné l'idée de faire parler les meubles, les objets et Gros-Câlin lui-même d'une voix humaine.
Bien sûr, il m'arrivait parfois, en rentrant à la maison de m'adreser à haute voix au fauteil, à la cafetière, à ma pipe, c'est un truc innocent que beaucoup de gens pratiquent, par hygiène mentale. C'est l'interpellation, l'interrogation que l'on
lance à l'océan, à l'univers, ou à une paire de pantoufles, selon les goûts et la nature de chacun, mais ce n'est pas le dialogue. ça répond pas, ça fait le flasque, sans écho, rien. Il n'y a pas de réponse." Romain Gary (Emile Ajar), Gros-Câlin
Rappelle-toi : On reconnaît le bonheur au silence.
Sinon toi ça va ? Allez, dis-moi ;-)
vendredi 11 mai 2007
Force
Le pouvoir par la force :
Juste une farce du peu voir ?
Répression - Régression...
Well - Réflexions
"La faiblesse du principe d'inertie consiste en ceci qu'il tourne
dans un cercle vicieux. Une masse, dit-on, se meut sans être accélérée si elle est suffisamment distante des autres corps, et l'on ne reconnaît qu'elle est suffisamment éloignée de ces derniers que si elle se meut sans subir d'accélération". Albert Einstein, cité par JC Boudenot dans Histoire de la physique et des physiciens
"On peut trouver aussi des harmonies lunaires dans le nombre des noeuds qui
divisent la paille du blé. Ils sont en nombre égal à celui des mois
lunaires pendant lesquels elle a poussé
jusqu' à la formation de son épi.
Mais nous parlerons à l'harmonie des genres, de celle des végétaux avec l'
astre des
puits. Le blé a des harmonies aériennes par ses trachées qui,
comme nous l' avons dit ailleurs, sont les poumons des plantes ; par ses
feuilles linéaires et horizontales qui ne donnent point de prise aux vents
; par sa tige conique, élastique et creuse, fortifiée de noeuds plus
fréquents vers sa
racine, où elle avait plus besoin de force que vers son
épi.
Chacun de ces noeuds est encore fortifié par une feuille, dont la
partie inférieure lui sert de gaîne. Au moyen de ces dispositions, elle joue
sans cesse avec les zéphyrs qui lui font décrire les courbes les plus
agréables, et elle résiste aux tempêtes qui renversent les chênes." Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature
"Messieurs, dit le docteur Sarrasin, je comptais attendre quelques jours encore avant de vous faire part de la fortune singulière qui m' arrive et des conséquences heureuses que ce hasard peut avoir pour la science. Mais, le fait étant devenu public, il y aurait peut-être de l' affectation à ne pas le placer
tout de suite sur son vrai terrain... oui, messieurs, il est vrai qu' une somme considérable, une somme de plusieurs centaines de millions, actuellement déposée à la banque d' Angleterre, se trouve me revenir légitimement. Ai-je besoin de vous dire que je ne me considère, en ces conjectures, que comme le fidéi-commissaire de la science ? ... (sensation profonde.) ce n' est pas à moi que ce capital appartient de droit, c' est à l' humanité, c' est au progrès ! ... (mouvements divers. Exclamations. Applaudissements unanimes. Tout le congrès se lève, électrisé par cette déclaration.) ne m' applaudissez pas, messieurs. Je ne connais pas un seul homme de science,
vraiment digne de ce beau nom, qui ne fît à ma place ce que je veux faire. Qui sait si quelques-uns ne penseront pas que, comme dans beaucoup d' actions humaines, il n' y a pas en celle-ci plus d' amour-propre que de dévouement ? ... (non ! non ! ) peu importe au surplus ! Ne voyons que les résultats. Je le déclare donc, définitivement et sans réserve : le demi-milliard que le hasard met dans mes mains n' est pas à moi, il est à la science ! Voulez-vous être le
parlement qui répartira ce budget ? ... je n' ai pas en mes propres lumières une confiance suffisante pour prétendre en disposer en maître absolu. Je vous fais juges, et vous-mêmes vous déciderez du meilleur emploi à donner à ce trésor ! ... " (hurrahs. Agitation profonde. Délire général.) le congrès est debout. Quelques membres, dans leur exaltation, sont montés sur la table. Le professeur Turnbull, de Glasgow, paraît menacé d' apoplexie. Le docteur Cicogna, de Naples, a perdu la respiration. Lord Glandover seul conserve le calme digne et serein qui convient à son rang. Il
est parfaitement convaincu que le docteur Sarrasin plaisante agréablement, et n' a pas la moindre intention de réaliser un programme si extravagant. " s' il m' est permis, toutefois, reprit l' orateur, quand il eut obtenu un peu de silence, s' il m' est permis de suggérer un plan qu' il serait aisé de développer et de perfectionner, je propose le suivant. " ici, le congrès, revenu enfin au sang-froid, écoute avec une attention religieuse.
" messieurs, parmi les causes de maladie, de misère et de mort qui nous entourent, il faut en compter une à laquelle je crois rationnel d' attacher une grande importance : ce sont les
conditions hygiéniques déplorables dans lesquelles la plupart des hommes placés. Ils s' entassent dans des villes, dans des demeures souvent privées d' air et de lumière, ces deux agents indispensables de la vie. Ces agglomérations humaines deviennent parfois de véritables foyers d' infection. Ceux qui n' y trouvent pas la mort sont au moins atteints dans leur santé ; leur force productive diminue, et la société perd ainsi de grandes sommes de travail qui pourraient être appliquées aux plus précieux usages. Pourquoi, messieurs,
n'essayerions-nous pas du plus puissant des moyens de persuasion... de l' exemple ? Pourquoi ne réunirions-nous pas toutes les forces de notre imagination pour tracer le plan d' une cité modèle sur des données rigoureusement scientifiques ? ... (oui ! Oui ! C' est vrai ! ) pourquoi ne consacrerions-nous pas ensuite le capital dont nous
disposons à édifier cette ville et à la présenter au monde comme un enseignement pratique... " (oui ! oui ! -tonnerre d' applaudissements.) les membres du congrès, pris d' un transport de folie contagieuse, se serrent mutuellement les mains, ils se jettent sur le docteur Sarrasin, l' enlèvent, le
portent en triomphe autour de la salle. " messieurs, reprit le docteur, lorsqu' il eut pu réintégrer sa place, cette cité que chacun de nous voit déjà par les yeux de l' imagination, qui peut être dans quelques mois une réalité, cette ville de la santé et du bien-être, nous inviterions tous les peuples à venir la visiter, nous en répandrions dans toutes les langues le plan et la description, nous y appellerions les familles honnêtes que la pauvreté et le manque de travail auraient chassées des pays encombrés. Celles aussi, -vous ne vous étonnerez pas que j' y songe, -à qui la conquête étrangère a fait une cruelle nécessité de l' exil, trouveraient
chez nous l' emploi de leur activité, l' application de leur intelligence, et nous apporteraient ces richesses morales, plus
précieuses mille fois que les mines d' or et de diamant. Nous aurions là de vastes collèges où la jeunesse, élevée d' après des principes sages, propres à développer et à équilibrer toutes les facultés morales, physiques et intellectuelles, nous préparerait des générations fortes pour l'avenir ! " Jules Verne, Cinq cents millions de la Begum
samedi 5 mai 2007
Fougue
Après la fougue, la foudre.
Debout sur les talons, à crier sans compter
au chaos à sa chorale,
Bientôt l'étalon destrier sera compté KO debout dans son corral…
Well, Réflexions
"Où il était notre atelier, comme ça, en plein sous les ardoises, ça donnait une terrible chaleur, même à la fin du
mois de septembre il faisait encore si crevant qu'on arrêtait pas de picoler.
Un tantôt à force, Antoine, il se tenait plus du tout en place. Il hurlait si fort ses chansons qu'on l'entendait dans toute la cour jusqu'au fond chez la concierge... Il s'était remonté de l'absinthe et des quantités de biscuits. On a tous cassé la croûte. C'est nous deux, Robert et moi, qui
mettions à rafraîchir, sous les robinets du palie, toute la livraison des canettes. On les prenait à crédit, des paniers complets. Seulement y avait du tirage... les épiciers, ils faisaient vilain... C'était de la folie, dans un sens... Tout le monde avait perdu la boule, c'était l'effet de la canicule et de la liberté.
La patronne est venue avec nous. Antoine s'est assis contre elle. On rigolait de las voir peloter. Il lui cherchait ses jarretelles. Il lui retroussait ses jupons. Elle ricanait comme une bique. Y avait de quoi lui foutre une pâtée tellement qu'elle était crispante... Il lui a sorti
un nichon. Elle restait comme ça devant, ravie. Il nous a versé tout le fond de sa bouteille. On l'a finie avec Robert. On a liché le verre. C'était meilleur que du Banyuls... Finalement tout le monde était saoul. C'était la filie des sens... Alors Antoine, il lui a retroussé toutes ses cottes, à la patronne, comme ça d'un seul coup ! Haut par-dessus la tête !... Il s'est redressé debout aussi, et puis telle quelle, emmitouflée, il l'a repoussée dans sa chambre. Elle se marrait
toujours... Elle tenait le fou rire... Ils ont refermé la lourde sur eux. Elle arrêtait pas de glousser...
Nous deux, Robert et moi, c'était le moment qu'on grimpe sur le fourneau de la cuistance pour assister au spectacle... C'était bien choisi comme perchoir... On plongeait en plein sur le page... Y avait pas d'erreur. Antoine tout de suite, il l'a basculée à genoux, la grosse môme...
Il était extrêmement brutal... Elle avait comme ça le cul en l'air... Il lui faisait des drôleries... Il trouvait pas son appareil...
Il déchirait les volants... Il déchirait tout... Et puis il s'est
raccroché. Il a sorti son polard... Il s'est foutu à la renifler... Et c'était pas du simili... Jamais je l'aurais cru si sauvage. J'en revenais pas... Il grognait comme un cochon. Elle poussait des râles aussi... Et des beaucoup plus aigus à chaque fois qu'il chargeait... C'est vrai ce que Robert m'avait dit à propos de ses fesses, à elle... Maintenant on les voyait bien... Toutes rouges... énormes, écarlates !...
Le pantalon en fin volant, il était plus que des loques... C'était tout mouilé autour... Antoine il venait buter dur en plein dans
le poitrail... chaque fois ça claquait... Ils s'agitaient comme des sauvages... Il pouvait sûrement la crever de la manière qu'il s'élançait... Son falzar, il lui traînait le long des mollets jusque par terre... Sa blouse le gênait encore, il s'est dépiauté d'un seul coup... Elle elle est tombée à côté de nous... Il était à poil à présent... Seulement qu'il gardait ses chaussons... ceux du patron... les minets brodés...
Dans sa fougue pour la caresser, il a dérapé du tapis, il est allé
se cogner la tronche de travers dans le barreau du lit... Il fumait comme un voleur... Il se tâtait le cassis... Il vait des bosses, il décolle... Il s'y remet, furieux. "Ah ! la salope ! alors qu'il ressaute ! Ah ! la garce ! " Il lui fout un coup de genou en plein dans les côtes ! Elle voulait se barrer, elle faisait des façons...
"Antoine ! Antoine ! j'en peux plus !... Je t'en supplie, laisse-moi mon amour ! Fais attention !... Me fais pas un môme ! Je suis toute trempée !..." Elle réclamait, c'était du mou !...
"ça va ! ça va ! ma charogne ! boucle ta gueule ! Ouvre ton panier !..." Il n'écoutait pas, il la requinquait à bout de bite avec trois grandes baffes dans le buffet... ça résonnait dur... Elle suffoquait la garce... Elle faisait un bruit comme une forge... Je me demandais s'il allait pas la tuer ?... LA finir sur place ?... Il lui filait une vache trempe en même temps qu'il l'encadrait. Ils en rugissaient en fauves... Elle prenait son pied... Robert il en menait plus large. On est descendus de notre tremplin. On est
retournés à l'établi. On s'est tenus peinards... On avait voulu du spectacle... On était servis ! ... Seulement c'était périlleux... Ils continuaient la corrida. On est descendus dans la cour... chercher ke seau et les balais, soit-disant pour faire le ménage... On est rentrés chez la concierge, on aimait mieux pas être là, dans le cas qu'il l'étranglerait... Céline, Mort à crédit
Car bientôt le réel chaos. Heureux week-end long et fougueux...
jeudi 3 mai 2007
Île
De l'air ! Oui, de l'air !
Doux disert désir d'exil.
Désert ? Des îles ?
Well, Haïkus
"Le temps devenant brumeux, je fis signal à l'Adventure de se
porter à mon arrière ; aussitôt après la brume épaissit tellement, avec de la pluie et du grésil, que nous ne vîmes une île de glace sur laquelle nous naviguions en droite ligne ue lorsque nous en fûmes à moins d'un mille. J'estimai sa hauteur à cinquante pieds et sa circonférence à un demi-mille. Les côtés s'élevaient perpendiculairement au sommet qui était plat et les lames s'y brisaient à une extrême hauteur. Au premier abord, le capitaine Furneaux prit cette
glace pour la terre." James Cook, Relations de voyages autour du monde
"Ma grand-mère m’a donné un jardin. Je ne lis pas encore, je ne vais pas à l’école comme les autres. Mon grand-père lit le soir les contes d’Andersen. La journée, je peux rester des heures devant les images du livre. Ma grand-mère est au jardin. La petite sirène a un jardin. Elle ne va pas à l’école non plus. Je veux un jardin. Je demande un jardin. Accordé. Un petit carré.
Ma grand-mère regarde beaucoup son jardin. Regarder fait partie du jardinage. Mon grand-père se promène dans les allées en griffonnant sur des bristols usagés qu’il sort de ses poches. Je croyais qu’il écrivait des mots, des phrases, les histoires sans doute qu’il racontait le soir et dans les moments libres ou en
voiture. Or, ces histoires qu’il semblait avoir vécues, j’ai découvert très tard qu’il les avait lues chez Conrad, Melville, Stevenson. Des histoires qu’il aimait trop pour en rester là, pour ne pas les raconter encore. Tout commençait entre Binic et les Sept îles, avec une percée vertigineuse dans les territoires de Guingamp ou de Crozon. San Francisco c’était l’Arcouest, le fleuve Congo s’étirait comme chez lui dans le lit du Trieux. Le canal de Suez, de Panama et de Nantes à Brest ne faisaient qu’un." Mona Thomas, Comment faire une danseuse avec
un coquelicot
"Il y a des choses qui ne peuvent arriver que sur une île déserte, et très probablement inconnue puisque déserte et quoique maintenant il soit difficile pour une île de se cacher un point quelconque des Océans quadrillés si mathématiquement labourés par les navires il en restera
toujours une pour qu'il puisse y arriver ce qui ne peut arriver que là quitte même à ce qu'elle s'abîme après l'évènement." Pierre-Albert Birot, Grabinoulor
"Cependant l'adversaire de Dieu et de l'homme, Satan, les pensées enflammées des plus hautsparcourt la côte à main droite, quelquefois la côte à main gauche ; tantôt de ses ailes nivelées il rase la surface de l'abîme, tantôt, pointant haut, il prend l'essor vers la convexité ardente. Comme quand au loin, à la mer, une
flotte découverte est suspendue dans les nuages ; serrée par les vents de l'équinoxe, elle fait voile du Bengale ou des îles de Ternate et de Tidor, d'où les marchands apportent les épiceries : ceux-ci, sur les vagues commerçantes, à travers le vaste océan Ethiopien jusqu'au Cap, font route vers le pôle, malgré la marée et la nuit : ainsi se montre au loin le vol de l'ennemi ailé.
Enfin, les bornes de l'Enfer s'élèvent jusqu'à l'horrible voûte, et les trois fois triples portes apparaissent : ces portes sont formées de trois lames d'airain, de trois lames de fer, de trois
lames de roc de diamant, impénétrables, palissadées d'un feu qui tourne alentour et ne se consume point.
Là devant les portes, de l'un et de l'autre côté, sont assises deux formidables figures : l'une ressemblait jusqu'à la ceinture à une femme et à une femme belle, mais elle finissait sale en replis écailleux, volumineux et vastes, en serpent armé d'un mortel aiguillon. A sa ceinture une meute de chiens de l'Enfer, ne cessant jamais d'aboyer avec de larges gueules de Cerbère, faisait retentir un hideux fracas. Cependant, si quelque chose troublait le bruit de ces dogues, ils pouvaient à volonté rentrer en rampant aux entrailles du monstre, et y faire leur chenil : toutefois, là même encore ils aboyaient et hurlaient sans être vus. Beaucoup moins abhorrés que ceux-ci étaient les chiens
qui tourmentaient Scylla, lorsqu'elle se baignait dans la mer par laquelle la Calabre est séparée du rauque rivage de Trinacrie ; un cortège moins laid suit la Sorcière de nuit, quand, appelée en secret, chevauchant dans l'air, elle vient, alléchée par l'odeur du sang d'un enfant, danser avec les sorciers de Laponie, tandis que la lune en travail s'éclipse à leurs enchantements." John Milton, Le paradis perdu



